Qu'il prenne sa croix
Mc 8,34 - 9,1
² Le destin de Jésus sera celui
de Pierre ;"passe derrière moi", lui disait Jésus dans l'Évangile
d'hier.
Le
destin de Jésus sera notre destin ; et Jésus dit aujourd'hui , à l'adresse des
disciples et de la foule entière :"Si quelqu'un veut suivre derrière moi,
qu'il prenne sa croix et qu'il me suive !"
² Jésus ne dit pas :"Qu'il
prenne ma croix". Car il n'y aura qu'un seul Golgotha, celui du
Fils de Dieu fait homme, celui où Jésus est mort par les hommes et pour les
hommes. Que chacun prenne sa croix ; voilà la pensée de Jésus, et que
chacun l'assume comme lui l'a assumée, pour aimer jusqu'à l'extrême de l'amour.
² Mais pour nous la croix
demeure toujours imprévisible ; elle ne se précise que peu à peu, et parfois
change de visage à divers moments de la vie.
Il y a la
croix du corps et la croix du cœur,
la
croix de la solitude et la croix de la vie commune,
la
croix de celles qu'on oublie et la croix de celles qui plient sous la charge.
Il y a la
croix à consentir pour rester fidèle, coûte que coûte,
et la
croix qui nous atteint au creux même de notre fidélité.
Les
croyants prennent très au sérieux les paroles du Seigneur sur ceux qui veulent
le suivre, et l'on est souvent dans l'admiration en constatant avec quelle
spontanéité, avec quelle générosité, des chrétiens de tous âges accueillent
comme une croix, dans la lumière du Seigneur, les épreuves de santé et les
épreuves familiales ou communautaires.
² Mais comme nous avons de la
peine à reconnaître notre croix, notre croix sanctifiante, dans les choses qui
nous atteignent et qui ne devraient pas être, dans les incompréhensions, les
injustices ou les ingratitudes, dans les impasses communautaires, dans des
situations sans remède, où le mal semble dominer !
Comme
il est difficile, alors, de continuer à aimer jusqu'à l'extrême, de continuer à
porter les choses ou les personnes pour la gloire de Dieu et le salut du monde,
en
mettant de l'amour partout où l'amour manque,
en
apportant le sourire au nom de Jésus et de son Évangile,
en
perdant sa vie pour que la vie fasse son œuvre !
Comme
il est difficile de deviner la croix dans des situations injustifiées ou
injustifiables !
Mais
la croix de Jésus, justement, était injustifiable !
Injustifiable,
son faux procès !
Injustifiable,
sa mort entre deux bandits !
Jésus
a su aimer au milieu de toute cette haine, entrant jusqu'au bout dans le
dessein du Père ; il a su mourir pour les hommes au moment où les hommes le
faisaient mourir.
Et
c'est bien aussi le sens de toutes nos croix :
dire
"oui" au Père pour une nouvelle victoire de l'amour.