La coupe que je bois

Mc 10,32-45

 

 

 

 

 

 

²  Dans l'Évangile d'hier, Pierre disait à Jésus : "Nous avons tous laissé et nous t'avons suivi !".Aujourd'hui les deux fils de Zébédée, pressentant que la montée à Jérusalem va accélérer les événements, prennent les devants et déclarent sans vergogne à Jésus la récompense à laquelle ils ont pensé : rien moins que les deux places d'honneur auprès de lui, dans sa gloire. Jacques et Jean, tout comme Pierre, sont des fidèles et des inconditionnels de Jésus, mais ils ont encore de l'ambition et s'attendent à des privilèges. Il s'imaginent que leur amitié leur donne des droits. Dès lors ils jouent des coudes, ils se poussent en avant, et ils se placent, avant même que Jésus leur ait fait signe, à sa droite et à sa gauche, décidant par eux-mêmes qu'ils sont les meilleurs, les plus aimés, et les plus dignes de l'être.

 

²             À travers ce statut privilégié qu'il s'arrogent aux pieds de Jésus, Jacques et Jean espèrent acquérir une position de force et de prestige dans la communauté ; et la réponse de Jésus, sans sévérité mais sans concession, va resituer les deux frères à leur vrai niveau et à leur vraie place par rapport à lui-même et par rapport à sa communauté.

 

Ce qui importe avant tout, explique Jésus, c'est de prendre le vrai chemin vers la gloire, et donc de s'identifier à lui-même dans son passage pascal, de boire à la coupe où déjà il boit lui-même, celle de l'insécurité et du rejet par son peuple, de s'immerger sans retour dans le baptême des souffrances du Messie où lui-même est déjà plongé :" La coupe que je bois, vous la boirez ; le baptême dont moi je suis baptisé, vous en serez baptisés".

 

²  Et ce partage du destin de Jésus va modifier du tout au tout l'attitude des deux frères dans la communauté. Ils devront écarter de leur cœur toute volonté de puissance et de domination, et même tout sentiment de mériter un traitement à part. Leur grandeur sera de servir ; leur désir d'être les premiers, les plus proches de Jésus, fera d'eux des frères disponibles à tout instant, et dérangeables à longueur de vie.

 

Bien mieux : à l'image du Christ ils donneront leur vie en rançon pour la multitude. Mais tout cela, pour Jacques, pour Jean, pour chacun(e) de nous, prendra un visage très quotidien, très réaliste et très humble. Donner notre vie, c'est en effet faire place en nous aux réflexes que saint Pierre et énumérait à l'instant :

prendre la mesure de nos limites, et de notre condition de voyageurs, car "toute chair est comme l'herbe, et tout son éclat, comme fleur herbe",

accueillir chaque jour la parole de notre Dieu comme une force régénérante,

aimer "sans feinte", c'est-à-dire sans calculs, sans rêve de puissance, sans illusion de supériorité,

aimer "ekténôs", avec ardeur, d'une charité attentive et empressée,

aimer "ek kardias", de cœur , d'un cœur libéré et dans le cœur de Dieu.

 

 

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