"Viens au
secours de mon incrédulité !"
Mc
9,24-29
² Qu'elle
est poignante, qu'elle est vraie, cette prière du père de l'enfant épileptique
: "Je crois ! Viens en aide à mon manque de foi !"
Elle dit en même temps son désir et son impuissance, sa volonté de s'en
remettre à Jésus et les limites de sa confiance. Que manquait-t-il à la foi de
cet homme ? – C'est qu'il disait encore : "Si tu peux quelque
chose" : une foi totale aurait dit : "Puisque tu le peux,
fais-le pour moi" ; et c'est une foi de ce type que Jésus a admirée chez
le centurion (Mt 8,5 ; Lc 7,1-10), qui disait : "Dis seulement un mot, et
mon serviteur sera guéri".
² Si le
dialogue de Jésus avec le pauvre père désemparé nous touche si fort, c'est qu'à
travers sa réponse, Jésus dénonce et conteste la timidité de notre propre foi.
Nous avons prié des heures durant en pensant à la bonté et la puissance de
Jésus qui nous sauve, et pourtant il reste des "si" qui traînent dans
notre cœur ; et nous disons, nous pensons: "Si le Seigneur a pitié
de moi, je vais sortir de ma tristesse ; si le Seigneur regarde notre
communauté, nous allons traverser l'épreuve". Mais il n'y a pas de si : de
fait le Seigneur est en acte de miséricorde ; de fait notre communauté est dans
sa main ; déjà son regard nous suit ; déjà son amour est à l'œuvre; et même
s'il nous fait attendre le moment où nous prendrons conscience de son secours,
déjà Jésus nous a écoutés, déjà notre avenir est pris en charge par celui qui
nous aime et s'est livré pour nous.
² Nous
connaissons, dans toutes nos relations humaines, des moments de solitude
parfois douloureux ; mais devant Dieu, avec Dieu, il n'y a pas de solitude,
tant que la foi demeure vivante ; et ce père malheureux de l'Évangile nous
montre le chemin qu'il nous faut suivre dans toutes nos détresses :
parler à Jésus de l'enfant malade, de l'homme, de la femme malade que
nous sommes, des crises qui secouent notre espérance, et des paralysies de
notre charité,
et ajouter aussitôt : "Seigneur, je crois, je veux croire, je veux
garder ma confiance, mais malgré moi je te ressens comme absent, lointain.
Viens en aide à mon manque de foi".