Satan contre lui-même
Mc 3,22-32
² L'accusation est lourde :
" Ce Jésus est possédé par Beelzébūl.
Il est de mèche avec le chef des démons. Il est manipulé par un esprit
impur."
Des
scribes sont venus dire cela de Jérusalem, de Jérusalem où il n'a pas encore
prêché ! Ils diffusent leur critique dans la foule, et Jésus les fait venir
pour rétablir la vérité.
² Il leur répond d'abord, selon
son habitude, par des paraboles.
La
première a trait aux phénomènes de division : un royaume, une dynastie, une
famille, ne tiendront pas s'ils sont divisés. Satan ne va donc pas se faire des
alliés pour se faire chasser par eux ! À mots couverts, Jésus répond donc aux
scribes :"C'est une ânerie que vous me sortez là !"
Deuxième
parabole : cette fois il s'agit de contre-attaque. Si l'on veut entrer dans la
maison de l'homme fort, il faut d'abord le ligoter. Alors seulement on peut
piller ses biens. Et c'est bien cela que Jésus est venu faire : se montrer plus
fort que la puissance du mal, ligoter l'Adversaire et délivrer les hommes qu'il
a pris sous sa coupe.
Dans la pensée de Jésus,
il faut articuler les deux paraboles pour que sa réponse se dégage avec toute
sa force : n'attendez pas que le règne du mal explose de l'intérieur : c'est de
l'extérieur qu'il faut l'attaquer, avec la puissance que Dieu donne.
² Après les paraboles, Jésus
propose en clair son enseignement. Tout sera pardonné aux humains, tout : les
fautes contre le prochain comme les offenses à Dieu, même répétées. Voilà le
principe, et il est d'une générosité inouïe jusqu'alors, digne de l'amour que
Dieu manifeste. Tout est pardonnable, mais ajoute Jésus, si quelqu'un blasphème
contre l'Esprit Saint, il reste sans pardon à jamais.
Dans
le cadre de l'incident que rapporte l'Évangile, ce que vise Jésus est très
clair : blasphèment contre l'Esprit Saint ceux qui refusent de voir à l'œuvre
en lui la puissance de Dieu, et surtout ceux qui dénaturent ses exorcismes en
les attribuant à la puissance du mal.
Si nous cherchons le sens de la parole sévère de Jésus
dans notre vie concrète, un obstacle nous arrête tout de suite : il nous est
impossible de l'appliquer à qui que ce soit, en disant, par exemple : "Cet
homme, cette femme, blasphème contre l'Esprit Saint", car Dieu seul sait
ce qui se passe à l'intime de chaque liberté, Dieu seul mesure les conditionnements
qui pèsent sur la foi ou l'espérance des hommes.
En revanche, chacun/e de nous peut dire, en toute
loyauté : je suis capable, moi, de me fermer à Dieu, à sa parole, à son amour ;
je sais où je pourrais dire "non" ; mais j'ai décidé de faire fond
sur le Christ, parce qu'il est, en moi et pour moi, le plus fort.