La dureté de votre cœur
Mc 10,1-12
² Les Pharisiens voulaient
tendre à Jésus un piège et le mettre en contradiction avec Moïse. Ils ont posé
leur question au sujet du divorce, plus exactement au sujet du renvoi de
l'épouse, mais la réponse de Jésus éclaire d'un coup tous les secteurs de la
vie morale :
Vous vous appuyez sur une permission de
Moïse, dit Jésus à ses contradicteurs ; mais avant Moïse, il y a Dieu, avant
les arrangements de Moïse, il faut voir le dessein de Dieu, comment Dieu a fait
les choses "au commencement", c'est-à-dire au moment de la création.
² Dieu a voulu la
complémentarité de l'homme et de la femme ; il les a voulus différents, tout en
donnant à l'homme et à la femme une égale dignité. C'est à partir de cette
différence qu'il a créé la merveille de l'amour et la merveille de la vie, et
il a dit :"Les deux ne feront qu'un seul être".
Ils demeurent différents ; elle et lui
restent comptables devant Dieu de leurs choix et de leur liberté ; mais l'amour
a lié entre eux un lien irréversible, irréversible parce qu'ils sont entrés
tous deux, librement, dans l'œuvre de Dieu. Ce que Dieu a uni, ce que Dieu a
voulu un, il n'appartient pas aux humains de le désunir. Personne ne peut
défaire ce que Dieu a fait ; personne ne peut dédire ce que Dieu a dit.
² En particulier aucune loi
humaine ne peut prévaloir contre le dessein de Dieu. Qu'il s'agisse de l'indissolubilité
du couple, de l'euthanasie, des progrès de la génétique, des droits de
l'embryon humain ou de son usage à des fins de recherche scientifique, le
croyant doit se déterminer, finalement, non à partir de ce que permettent ou
réprouvent les gouvernements européens, mais à partir de ce que Dieu a fait
pour l'homme et de ce que Dieu a dit de la vie et de la mort.
² Déjà saint Paul rappelait aux
chrétiens :"Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais métamorphosez-vous
par un changement de votre mentalité, pour discerner quelle est la volonté de
Dieu, ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait" (Rm
12,1).
² Cependant, autant le chrétien
doit se montrer courageux dans ses propres choix, autant il doit se garder de
condamner ceux qui l'entourent, croyants ou incroyants. Réprouver une action,
même avec énergie, n'équivaut jamais à rejeter ceux qui ont agi.
Pour prendre un exemple : quelle est la
famille qui ne compte aujourd'hui des cas douloureux de foyers désunis ou de
couples recomposés, en dépit de l'échec d'un premier amour ? Que pouvons-nous
faire, dans le silence du cloître, sinon respecter douloureusement ces options
douloureuses, et porter dans la prière ou dans l'imploration ces hommes et ces
femmes blessés, comme Dieu les porte dans son amour et sa miséricorde ?
² De même notre conscience de
croyants ne peut que s'insurger devant certaines audaces scientifiques qui ôtent
à l'être humain toute sa dignité. Mais, parce que nous sommes dans l'Église des
permanents de la prière, il nous faut tout autant demander lumière et discernement
pour tant de savants chrétiens confrontés aux énigmes de la vie, et qui travaillent
sur les marges du savoir, face à des problèmes que jamais personne ne s'est
posés, et avec des pouvoirs que jamais les hommes n'ont eus en mains. Personne,
parfois, n'est passé avant eux pour faire des lois, pour permettre ou interdire
; et souvent, face à la complexité de ce qu'ils découvrent, ils se demandent, angoissés
:"Qu'est-ce que Dieu a voulu au commencement ?"
² "Envoie, Seigneur, ta
lumière et ta vérité, qu'elles soient leur guide, et les ramène", dans la
paix, "face au mystère où tu fais ta demeure"
Fortifie, Seigneur, ceux que tu as unis
pour toujours par le sacrement du mariage. Qu'ils puisent dans ta fidélité le
courage de se rester fidèles.
Et à nous, Seigneur, que tu as appelés
au célibat pour le Royaume, donne à longueur de vie un surcroît d'espérance,
pour que, vivant avec bonheur le pacte d'amour passé avec toi, nous n'osions
renier le contrat fraternel qui nous lie à la communauté.