L'aveugle de Bethsaïda

Mc 8,22-26

 

 

 

 

 

²  Comme dans l'épisode du sourd bègue, Jésus s'écarte de la grande foule pour opérer le miracle, et il recommande à l'homme guéri la discrétion. 

 

Mais un détail nous frappe dans cette guérison d'un aveugle, c'est que Jésus lui rend la vue en deux fois! Bien évidemment, ce n'est pas le pouvoir qui manque à Jésus : après le miracle des pains, chacun savait quoi s'en tenir sur ce point. Donc c'est à cause de l'aveugle ou à cause des quelques assistants que Jésus le guérit en deux étapes.

L'étrange manière de faire de Jésus cache une visée pédagogique : c'est une sorte de catéchèse en acte, à la manière des prophètes. Dans un premier temps, l'aveugle commence seulement à voir, et il distingue mal les hommes des arbres. Dans un deuxième temps, la vision devient tout à fait nette. 

 

C'est bien ce qui se passe pour tout aveuglement spirituel, et instinctivement nous rapprochons cette guérison opérée dans le port de Bethsaïda de la question posée par Jésus dans la barque, quelques heures auparavant : "Avez-vous donc le cœur endurci, des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre ?". 

Même quand on vit journellement aux côtés de Jésus, il faut du temps pour entrer dans sa parole ; même quand Jésus est là, présent dans notre vie, les mains posées sur nos yeux malades, il nous faut du temps pour nous ouvrir à sa lumière.

 

²  Dieu, qui est le maître du définitif et de l'instantané, travaille souvent avec le temps quand il s'agit de notre salut, parce que c'est dans le temps que s'exprime notre liberté et que se réalise le don de nous-mêmes. Quelles que soient les certitudes accumulées ou vécues dans le passé, des heures, des jours, des mois, peuvent venir où nous nous retrouvons tâtonnants, comme des aveugles.

 

Notre regard ne rencontre plus que la nuit, ou plutôt notre regard lui-même est devenu nuit et projette sa nuit sur les choses, les événements ou les personnes. Pourtant, le Christ est là, agissant, mais il ne nous épargne pas le cheminement de la foi, ni le labeur de l'espérance, et c'est peu à peu que nous émergeons à la lumière des Béatitudes.

Il arrive aussi - et c'est un reste d'aveuglement spirituel - que pour un temps les réalités les plus proches, les plus familières, demeurent pour nous dans le flou. Nous vivons alors parmi les personnes comme parmi des choses, nous prenons les hommes pour des arbres.

 

Mais si nous acceptons de rester sous les mains du Messie, la vision claire revient, à l'heure voulue par Dieu ; les vraies perspectives réapparaissent, le visage de Jésus devant nous se précise, et nous pouvons voir plus loin, plus loin dans l'avenir de l'Église, plus loin sur notre route de service, plus loin dans le cœurMc082226 de Dieu.

 

²             Le tout est de respecter les patiences du Seigneur et de ne pas le croire absent parce notre aveuglement nous cache encore sa présence.

 

Après le déluge sur le monde, la paix de Dieu est revenue, elle aussi, par étapes. Il fallait que la terre boive toute l'eau, et Dieu n'a pas abrégé ce long baptême.

De même la colombe de Noé, parabole de tout renouveau de la vie et de toute liberté qui se cherche, a connu d'abord par deux fois l'échec. Au soir du premier lâcher, elle est revenue lasse, trop heureuse d'apercevoir sur l'horizon Noé qui lui tendait la main. Au soir de la deuxième tentative, elle a été contrainte de revenir à l'Arche, pas plus glorieuse, mais déjà messagère d'espérance, tenant dans son bec une jeune feuille d'olivier. La troisième fois, désormais autonome, la colombe n'est plus revenue.

 

Prudence de Noé, qui a dosé les risques. Sagesse de Dieu qui laisse mûrir notre liberté.

 

 

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