Ce qui sort de l'homme
Mc 7,14-23
² "Tous les aliments sont
purs".
Cet enseignement du Christ, qui nous semble si
évident, représentait, à l'époque, une révolution spirituelle.
Jésus venait réaffirmer en quelque sorte
l'optimisme de la Genèse : à la fin de chaque journée de création, Dieu avait
vu "que cela était bon". De même Jésus proclame que rien du monde matériel
n'est mauvais en soi, qu'il n'y a pas de frontière dans le monde entre des
choses qui mènent à Dieu et des choses qui éloignent de lui.
La création n'est pas compartimentée, ni
en partie interdite : l'homme est vraiment roi et libre dans la création de
Dieu ; l'œuvre de Dieu est assortie aux besoins de l'homme : la nourriture est
faite pour son corps, et il n'y a pas à introduire des dissonances là où Dieu a
créé l'harmonie.
² Ainsi la source du mal ne se
trouve pas dans les choses, mais dans le cœur de l'homme. Pour les croyants de
la Bible, donc pour Jésus, le cœur servait autant à aimer qu'à comprendre,
autant à vouloir qu'à ressentir. C'est donc le cœur humain, et lui seul, qui
prend l'initiative du mal, et c'est l'intention du cœur de l'homme qui fausse
sa relation aux choses, au corps, aux personnes.
Et le Seigneur d'énumérer une longue
série de misères, qui se ramènent toutes à deux tendances pécheresses:
-
l'égoïsme
jouisseur,
-
l'agressivité
incontrôlée ou entretenue.
² Si l'ascèse est nécessaire
dans nos vies, ce n'est pas que la création de Dieu soit dangereuse, c'est que
notre cœur n'est plus libre envers les choses. Saint Jean de la Croix nous le
répète souvent : il faut mortifier non pas les choses en elles-mêmes, mais le
désir immodéré que nous en avons ou le réflexe captatif qui nous empêche de
lâcher prise.
² Et la même vigilance nous est
demandée par Jésus dans notre attitude vis à vis des autres, car le cœur humain
qui est fait pour aimer et accueillir peut aussi ignorer et refuser ; l'homme
qui est fait pour la joie et pour construire le bonheur peut aussi s'enfermer dans
le négatif, perdre ses forces et son temps à détruire l'autre, ou ce que
l'autre a rêvé de bâtir.
C'est du dedans, du cœur, profond ou superficiel,
que sort ce qui fait le malheur de l'homme. Et c'est pourquoi il est si
important, tout au long de notre marche évangélique, que nous acceptions de
connaître notre cœur, c'est-à-dire de sonder notre liberté, pour savoir si, oui
ou non, nous l'avons livrée à Dieu.
Or, pour savoir ce qu'est notre cœur, le
moyen est bien simple :
il suffit de regarder ce qui en sort.