"Comme au temps de Noé"
Lc 17,26-37
Dans les quelques versets de cette page de saint Luc, deux perspectives, deux paysages semblent im-primés l'un sur l'autre: d'une part la description de la fin du monde, d'autre part le tableau de la fin d'un monde, le monde juif du premier siècle, qui s'écroulera en 70 sous les coups des Romains.
² Quand les armées romaines arriveront en force, il faudra fuir, fuir devant soi sans prendre le temps de rien emporter, sans regarder en arrière, car s'arrêter serait la mort. Plus que jamais, celui qui voudra sauver ses richesses, même un minimum, s'exposera à tout perdre, et à mourir sur place. La mort frappera en aveugle: que l'on soit couché ou en plein travail, elle passera partout, et nul ne peut dire s'il aura la chance d'en réchapper.
Tous ces détails cadrent bien avec la perspective du désastre juif : en sacrifiant tout pour fuir, les disciples auront une dernière chance de survivre au massacre.
² En revanche, lors de la fin du monde, il n'y aura plus d'issue pour personne. Ce Jour où se manifestera le Fils de l'Homme arrivera tout d'un coup, sans que personne le voie venir, et il faut tout faire, explique Jésus, pour que ce Jour ne nous surprenne pas en pleine insouciance.
Manger, boire, se marier, acheter et vendre, planter et bâtir, tout cela, qui remplit la vie et qui peut être noble, ne doit pas cacher l'avenir que Dieu fera ni boucher l'horizon du Royaume. Puisque tout cela doit finir, la sagesse de l'Évangile dissuade de s'y attarder au point de perdre toute liberté et toute vigilance. Le chrétien vit les joies saines du monde sans cesser d'attendre celles que Dieu promet, tout comme il vit les détresses du monde sans cesser d'espérer la victoire du Dieu qui est amour. Et nous-mêmes qui essayons de vivre, au nom de l'Église, une existence vouée à la prière, il nous faut renoncer constamment à mettre notre joie et notre sécurité dans l'œuvre de nos mains ou de notre esprit, dans ces idoles qui enchaînent le cœur. Nous ne saurions adhérer aux choses, aux choses à faire et à posséder, alors que Dieu est là, le Maître des choses, qui attend notre amour.
² Dieu qui est et qui était ne cesse pas d'être le Dieu qui vient. Dieu qui s'est donné et se donne demeure toujours le Dieu qui se promet. Car "dès maintenant nous sommes fils de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté" (1 Jn 3,2). Dieu, qui nous a mis en route et qui nous accompagne, reste encore tous les jours, dans le mystère, celui qui vient au-devant de nous .
Dieu vient, et le retour de Fils de l'Homme marquera le début de la grande rencontre.
"Où cela, Seigneur?", demandaient les disciples. Et Jésus de répondre: les signes seront là, vous ne pourrez vous y tromper! Quand les vautours tournoient dans le ciel, on les aperçoit de très loin, et l'on dit: "À coup sûr ils ont trouvé une proie!" Ainsi les croyants attentifs à l'action de Dieu dans l'histoire verront de très loin s'annoncer les derniers jours.
Et ils pourront se préparer de loin à cette rencontre, qui pourtant les surprendra.
Car Dieu, pour nous, est toujours surprenant.
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