"Mais Dieu est riche en miséricorde"
Lc 15,11-32
Ep 2,4‑9 Sg 11,23-12,2
Pour la profession d'une soeur
On appelle souvent cette parabole la parabole du fils prodigue, ou du fils perdu, ou encore la parabole des deux fils ; mais c'est avant tout la parabole de l'amour paternel, et dans la pensée de Jésus, c'est le père qui se trouve au cœur de l'action: "un père avait deux fils" ... D'emblée Jésus veut centrer nos regards sur Celui qui est le foyer incandescent de son message et qui est à la source de notre bonheur :
Dieu le Père qui crée,
et qui nous rachète en son propre Fils
parce qu'il nous prend dans sa miséricorde.
² Déjà la création est un projet d'amour, mais nous avons toujours peine à imaginer qu'il n'y ait place en Dieu que pour l'amour. L'auteur du livre de la Sagesse l'avait bien saisi, lui, quelques décennies seulement avant l'Incarnation, lorsqu'il disait à Dieu dans sa prière: " Tu aimes tous les êtres, et tu n'éprouves de répulsion pour aucune de tes œuvres"
Dieu n'a rien créé à contrecœur, et c'est de bon cœur qu'Il nous maintient tous dans l'existence :
" Comment un être quelconque aurait-il subsisté
si Toi, tu ne l'avais voulu,
ou aurait-il été conservé
sans avoir été appelé par Toi à l'existence? "
Le Dieu unique qui a créé le monde par pure bonté n'agit que pour le bien et pour communiquer la vie ; et chacun de nous, même aux heures les plus sombres, même aux jours de plus grande solitude, peut retrouver en soi cette certitude libérante : Dieu m'a voulu, Dieu m'a appelé à vivre.
² Même nos misères, même nos erreurs, même nos faux pas ne peuvent faire durablement obstacle à ce projet de vie, pour peu que nous gardions la nostalgie de la maison de Dieu, pour peu que nous acceptions d'être aimés sans en être dignes et que nous nous laissions rejoindre par le regard de Dieu quand son amour se fait miséricorde; car Dieu aime le pécheur avant même qu'il revienne, et c'est toujours l'amour de Dieu qui rend possible la repentance.
Même la puissance de Dieu est au service de son amour, comme l'a deviné encore l'auteur de la Sages-se: "Tu as pitié de tous, parce que tu peux tout": l'immense pouvoir de Dieu ne fait qu'étendre à l'univers des hommes la pitié forte et douce dont chacun est l'objet: "Tu les épargnes tous car ils sont à Toi, Maître qui aimes la vie".
² Dieu aime tant la vie, il la veut tellement pour les hommes, qu'Il nous a sauvés en son propre Fils : alors que nous étions morts par nos fautes, il nous a avec Lui vivifiés, avec Lui ressuscités, avec Lui fait asseoir dans les cieux.
Et pourquoi nous a-t-Il offert ce partage inouï du destin de son Fils, pourquoi veut-Il nous voir désormais tous et chacun en son Unique, pourquoi cette entrée dans l'échange trinitaire? Parce que Dieu est Dieu, parce qu'il est riche en miséricorde, parce qu'il nous a aimés d'un amour sans mesure et qu'il a voulu montrer dans les siècles à venir l'incomparable richesse de sa grâce. Saint Paul résumait cela en quelques mots tout ruisselants
d'Évangile:
"c'est sa bonté pour nous en Jésus-Christ".
² N'est-ce pas là, ma Soeur, la grâce qui vous est proposée aujourd'hui : entrer par Jésus-Christ dans la bonté de Dieu, dans sa miséricorde?
Comme ce fils malheureux de la parabole, tournant le dos à la solitude, à la servitude et à la faim, vous vous êtes levée et mise en marche vers le Dieu de la paix. Le prodigue avait préparé son discours d'indignité :
"Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils.
Traite-moi comme l'un de tes journaliers!"
Mais Dieu, lui, n'a pas de journaliers: il n'a que des fils et des filles, et c'est Lui qui sait comment Il veut nous traiter. À peine avons-vous dit :"Je ne suis pas digne" qu'il nous faut laisser Dieu organiser la fête du retour, la fête de la confiance.
Rien ne sera trop beau : la robe, l'anneau, les escarpins, et le veau gras pour la communauté. Car c'est le jour que Dieu a fait, un jour de miséricorde comme il en réserve à ses enfants qui ont le bonheur de se savoir indignes.
Aujourd'hui. c'est Dieu qui accueille, c'est Dieu qui embrasse, c'est Dieu qui comble: "cela ne vient pas de vous, c'est un don de Dieu", et même ce que vous vous préparez à donner va vous être donné en Jésus-Christ, par Jésus-Christ.
Jésus vous donne des mains de pauvre, toujours ouvertes pour implorer et accueillir, un cœur de pauvre, qui ne s'arrête pas au passé et ne garde pas même une tristesse.
Jésus vous donne part à son obéissance, afin que la volonté du Père devienne chaque jour votre nourriture, et que vous puissiez glorifier Dieu sur la terre en achevant l'œuvre qu'I1 vous confie.
Jésus vous offre sa liberté de cœur; et de même qu'il a vécu pleinement Fils et pleinement frère, il vous montrera un chemin de douceur où vous vivrez vraiment en fille de Dieu, et un sentier de compassion où vous serez vraiment sœur en Église, porteuse de vie et de joie.
Alors vous entrerez intensément dans sa prière, et vous porterez en épouse le souci de la mission universelle; et parce que vous donnerez fidèlement au Christ votre propre souffrance, vous pourrez assumer avec lui la souffrance du monde qu'il est seul à porter.
Avancez avec confiance, ma Sœur, vers le Dieu de votre appel, et entrez dans sa joie. Aucun frère aîné ne viendra aujourd'hui reprocher à Dieu sa miséricorde, car notre véritable frère est le Premier-né sorti du tombeau, qui se réjouit de la joie même du Père, dans l'Esprit Saint.
Faites joyeusement ce grand pas dans l'Alliance, soutenue par la prière et l'affection de tous ceux que vous aimez et de la grande famille du Carmel.
Avancez, la Mère de Jésus vous tend les mains; déjà avec vous elle rend grâces au Dieu qui se souvient de son amour,
Dieu votre Sauveur .
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