"Les démons eux-mêmes nous sont soumis!"

                                                                                                                                        Lc 10,17-20

 

  

² C'est le retour de la première mission, et l'enthousiasme des premières réussites. Les disciples viennent d'expérimenter non seulement la force de l'Évangile pour le salut de tout croyant, mais le pouvoir du Nom de Jésus, c'est-à-dire de sa personne et de sa puissance, sur les forces hostiles au Règne de Dieu.

Et les disciples, tout joyeux, s'étonnent qu'un tel pouvoir soit passé par eux. Jésus alors replace leur succès dans le cadre de sa propre victoire: puisque son triomphe sur l'Adversaire est inauguré, puisque les énergies du Règne de Dieu sont déjà à l'œuvre dans le monde, il est normal que les démons soient soumis à ses envoyés.

Et le Seigneur de rassurer ses disciples de tous les temps: "Voici que je vous ai donné le pouvoir contre toute la puissance de l'Ennemi. Rien ne pourra vous nuire".

 

² C'est donc encore une leçon d'optimisme et de confiance que Jésus veut inculquer à ceux qui portent son témoignage: l'apostolat chrétien, jusqu'à la fin du temps de l'Église, se déploiera sur un fond de victoire, et si nous croyons à la puissance du Christ qui nous sauve, jamais nous ne devrons nous étonner de ce qu'il réalisera en nous et par nous, dans notre pauvreté et malgré notre pauvreté.

Mais Jésus prend bien soin de purifier les joies que nous trouvons à le servir: "Ne vous réjouissez pas que les esprits vous soient soumis". Il ne peut donc être question de nous approprier les succès de la mission. Si le Christ nous a confié "la diaconie de la réconciliation"(2 Co 5,18) et s'il veut faire de nous les messagers de son projet sur le monde, la force qui sauve vient de lui et de lui seul.

Nul témoin du Christ ne peut ressaisir à son bénéfice les victoires que remporte l'amour de Dieu. Nulle communauté ne peut faire acte de propriétaire sur ce que Dieu, à travers elle, donne à l'Église: "Ce n'est pas nous que nous prêchons, dit Paul (2 Co 4,5), mais le Christ Jésus, le Seigneur; nous ne sommes, nous, que [vos] serviteurs, pour l'amour de Jésus. [..] Nous sommes en ambassade pour le Christ (2 Co 5,20), nous qui avons été choisis pour être de simples "intendants des mystères du Christ".

 

² Et c'est ce choix irrévocable de Dieu qui doit faire notre joie: "Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux", sur ce livre de vie que chante le psalmiste: "Mes actions, tes yeux les voyaient; toutes elles étaient sur ton livre"(Ps 139,16; cf. 69,29), ce livre qui garde, en vue du salut (Dn 12,1), les noms de tous ceux qui auront lutté pour l'Évangile (Ph 4,3) et que le Christ aura associé à sa victoire:

         "Le vainqueur sera revêtu de blanc,

         et son nom, je ne l'effacerai pas du livre de vie,

         mais j'en répondrai en présence de mon Père" (Ap 3,5).

 

Dès lors, qu'importent le succès visible, tangible, mesurable, de notre témoignage ou l'échec apparent de nos vies; la base inattaquable de notre espérance, c'est que nous existons dans le souvenir de Dieu.

 

 

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