"Qu'êtes-vous allés voir au désert?"

                                                                                                                                                                           Lc 7,24-30

 

 

² Les disciples de Jean le Baptiste ne sont pas tous passés à Jésus durant son ministère, et après la Résurrection un certain nombre d'entre eux ne se sont pas ralliés à la jeune Église, par fidélité au charisme du Baptiste qui les avait subjugués. Quand la catéchèse chrétienne se développa dans les diverses communautés, les auteurs d'évangiles rapportèrent avec soin les épisodes de la vie publique qui mettaient en scène à la fois Jésus et le Baptiste, d'une part pour affirmer délicatement la supériorité du Messie sur son Précurseur, et en même temps pour tendre une main fraternelle à ces frères qui n'avaient pas encore franchi le pas de la foi au Christ.

C'est ainsi que nous lisons successivement, dans l'évangile de Luc comme dans celui de Matthieu, le témoignage que Jésus se rend à lui-même devant des envoyés du Baptiste, puis le témoignage de Jésus concernant le Baptiste, deux pièces essentielles pour nourrir le dialogue entre les disciples des deux maîtres.

 

²     L'estime profonde et l'amitié de Jésus pour le Baptiste ressortent admirablement de l'épisode. Dès que les envoyés de Jean sont repartis, Jésus se met à dire aux foules au sujet de Jean, comme s'il attendait depuis longtemps cette occasion: "Qu'êtes vous allés contempler au désert? Un roseau agité par le vent? Un homme vêtu d'habits délicats?" - Non: les roseaux serviles, prêts à s'incliner au moindre coup de vent, ne croissent pas dans le désert, mais dans les méandres du Jourdain; et les hommes amollis par le luxe ne se sentent bien que dans les palais. Jean, au contraire, est un homme qui n'a jamais plié, et qui a choisi une vie rude pour mieux servir le message. Il est de la trempe des prophètes, il est de leur lignée; mais en même temps il les dépasse par la mission qui lui est confiée, car il est l'ultime messager, qui déjà ouvre la route à l'Envoyé de Dieu.

Et Jésus de conclure: "Je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en est pas de plus grand que Jean; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui". Personnellement Jean est bien le plus grand, mais il appartient encore au temps des préparations; Jésus, lui, en accomplissant les promesses, inaugure un temps nouveau et instaure à la fois de nouvelles urgences et une nouvelle échelle des valeurs. 

 

² Le désert continue de fasciner les disciples de Jésus comme autrefois les admirateurs du Baptiste: désert de la solitude, désert du silence, désert où tombent les faux besoins; et Jésus, pour authentifier notre désir, nous interroge à notre tour sur cette fascination.

Que sommes-nous venus chercher dans le désert du Carmel?

Sûrement pas l'agitation, ni cette fièvre de nouveauté, de loisirs et de consommation qui fatiguent, dans notre monde, les nerfs et les cœurs. Nous avons revêtu, non plus les caprices de la mode, mais la livrée toute simple de ceux et de celles qui ont renoncé à paraître.

Et pourquoi cette austérité joyeuse, pourquoi cet adieu à tout ce qui nous valorisait aux yeux du monde? Parce que Jésus a voulu pour nous une existence prophétique; parce que Jésus nous envoie au-devant de lui pour préparer son chemin dans le cœur des hommes; parce qu'il nous a donné comme moyen d'action l'offrande silencieuse de notre amour et de notre fidélité.

 

Désormais c'est lui et lui seul qui nous valorise. Ce que nous sommes, nous ne le regardons pas dans le miroir des autres, ni même dans le miroir de notre propre cœur, mais dans le regard du Père sur nous, qui nous identifie à son Fils, et dans le regard de Jésus qui nous rend fils du Père.

Désormais Dieu seul assure notre bonheur et la fécondité de notre vie:

         "Ton époux, c'est ton créateur, 'Seigneur de l'univers' est son nom.

           Ton rédempteur, ton go'el, c'est le Dieu saint d'Israël; il se nomme Dieu de toute la terre".

Désormais rien ni personne ne pourra nous séparer de l'amour que Dieu nous porte en son Fils Jésus. Rien, même pas nos misères, même pas les limites de notre cœur ni les lourdeurs de notre vie.

 

 

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