Jeanne d'Arc

 

 

² La vie publique de Jeanne d'Arc est facile à résumer : une année de batailles, et une année de prison. Puis Jeanne, à dix-neuf ans, est morte dans les flammes.

C'était en 1431.

 

Un quart de siècle après s'ouvrait à Notre-Dame de Paris, le 7 novembre 1455, le procès de réhabilitation de Jeanne. Les parisiens regroupés dans la cathédrale virent s'avancer vers les trois prélats désignés par le pape la propre mère de Jeanne, Isabelle Romée, entourée de tout un groupe d'habitants d'Orléans qui avaient tenu à l'accompagner.

 

Un silence. Puis on entendit le témoignage d'Isabelle.

 

"J'avais une fille, née en légitime mariage, que j'avais munie dignement des sacrements de baptême et de confirmation, et avais élevée dans la crainte de Dieu et le respect de la tradition de l'Église, autant que le permettaient son âge et la simplicité de sa condition, si bien qu'ayant grandi au milieu des champs et des pâturages, elle fréquentait beaucoup l'église et recevait chaque mois après due confession le sacrement de l'eucharistie malgré son jeune âge, et se livrait aux jeûnes et oraisons avec grande dévotion et ferveur, pour les nécessités alors si grandes le peuple se trouvait et auxquelles elle compatissait de tout son cœur.

Pourtant certains ennemis l'ont fait traduire en procès de foi et sans qu'aucun secours ait été donné à son innocence, en un procès perfide, violent et inique, sans l'ombre de droit, l'ont condamnée de façon damnable et criminelle, et l'ont fait mourir très cruellement par le feu".

 

² Jeanne n'est pas sainte parce qu'elle a guerroyé, parce qu'elle a gagné des batailles décisives pour son pays, mais parce qu'elle a su vivre en totale conformité avec l'Évangile de Jésus sa mission politique et sa destinée de prisonnière. Elle a eu, pour grandir en sainteté, les moyens que nous avons, nous aussi : la prière, les sacrements, l'amour de l'Église. Elle a gardé jusqu'au bout la foi et le franc-parler de sa jeunesse, et aussi cette transparence, cette droiture, cet humour paysan, qui font le charme de sa personnalité.

Ces qualités humaines, l'Esprit Saint les a parachevées, en donnant à Jeanne, surtout dans sa prison, une sagesse surnaturelle qui prenait de court ses ennemis théologiens. Et surtout ce même Esprit Saint à scellé définitivement la sainteté de Jeanne en lui donnant de perdre sa vie à cause de Jésus, en lui donnant de reproduire l'image du Fils de Dieu injustement condamné et crucifié comme un malfaiteur.

"Elle est précieuse aux yeux du Seigneur, la mort de ses amis", dit le Psaume. Si la mort des saints et des saintes a du prix aux yeux de Dieu notre Père, c'est par cette consonance mystérieuse avec le destin de Jésus.

 

Écoutons un témoin de la passion de Jeanne:

 

   "À grande dévotion, Jeanne demanda à avoir la croix, et ce oyant, un Anglais qui était présent en fit une petite en bois au bout d'un bâton, qu'il lui bailla; et dévotement elle la reçut et baisa, en faisant pieuses lamentations à Dieu notre rédempteur qui avait souffert en la croix, de laquelle croix elle avait le signe de représentation; et mit cette croix en son sein entre sa chair et ses vêtements.

    Étant dedans la flamme, jamais elle ne cessa jusqu'à la fin de clamer et confesser à haute voix le saint nom de Jésus, en implorant et invoquant sans cesse l'aide des saints et saintes du paradis, et encore, qui plus est, en rendant son esprit et inclinant la tête, proféra le nom de Jésus, en signe qu'elle était fervente en la foi de Dieu".

 

Elle n'avait passé ses humbles dix-huit ans

Que de cinq à six mois, et sa cendre charnelle

Fut dispersée au vent.

Ch .Péguy

 

[ Page d'accueil ] - [ Figures ]