Quatre femmes

Jn 19,25-27

 

 

 

 

 

 

² Jésus n’est pas mort seul.

Au pied de la croix où il agonisait, il y avait sans doute quatre femmes: sa Mère Marie, la sœur de sa mère, puis Marie femme de Clopas, et la Marie de Magdala, la convertie.

Elles ne pouvaient rien, ni l’empêcher de souffrir, ni l’empêcher de mourir; mais elles étaient là pour lui, avec lui, devant lui, intensément présentes, acceptant sans révolte cette mort incompréhensible, cette mort absurde de celui qui était passé en semant le bonheur.

Ce que ces femmes ont vu, ce qu’elles ont entendu, là, en plein soleil, durant des heures, rien ni personne ne pourra l’effacer de la mémoire des hommes.

Pour nous, deux mille ans après les événements, il n’est pas question de revivre affectivement ce drame avec la même intensité. Il ne s’agit pas de nous forcer à nous émouvoir: ce que le Christ attend de nous, ce n’est pas l’émotion, mais la conversion.

Ce qui nous est demandé, c’est de prendre au sérieux cette folie de Dieu, et de réaliser à quel point ce mystère des souffrances du Christ interpelle chacun/e de nous, aujourd’hui et demain: "Il m’a aimé/e et s’est livré pour   moi".

 

² Il y avait quatre femmes, dont trois Marie, au pied de la croix; mais une seule était la Mère; une seule avait porté, nourri, élevé le Fils de Dieu. Toutes les quatre entraient, de toutes les forces de leur espérance, dans le mystère de ce sacrifice de Jésus, mais Marie seule y  entrait avec l’amour d’une mère, avec la foi sans faille de la Servante de Dieu, avec la sainteté d’une femme rachetée d’avance par son Fils.

Nul être humain ne pouvait autant qu’elle rejoindre à ce moment l’intention du Christ. Nul mieux qu’elle n’a pu entrer dans le "dessein bienveillant" de Dieu (Ep 1,5) et collaborer à la geste de salut qu’il accomplissait dans le Christ. Le grand et le seul réconfort de Jésus, tout au long de son agonie au Calvaire, a été de se savoir compris jusque là par sa mère, l’humble Marie de Nazareth; et de même que, de toutes les forces qui lui restaient, il s’offrait pour la multitude, par une ultime délicatesse il a voulu révéler à Marie la portée universelle de sa compassion et le rôle inouï que sa mère devait jouer à l’avenir dans l’histoire du salut.

En disant:"“Femme, voici ton fils", Jésus parachevait son œuvre et attachait pour toujours le regard de sa mère sur chacun/e de nous, comme autant de fils et de filles de surcroît. En lui confiant, à travers le disciple bien-aimé, tous les disciples qu’il aimerait dans tous les temps, Jésus disait en quelque sorte à sa mère: "Tu m’aimeras sur terre à travers eux".

 

² Mais inversement, chaque fois que nous rejoignons le disciple et Marie au pied de la croix - parce que toute croix assumée pour le Règne de Dieu nous rapproche de son Fils - le Christ nous reconnaît comme les disciples qu’il aime, et, en nous montrant Marie, forte et courageuse, il nous dit: "Voici ta mère. Aime-la pour l’amour de moi".

Tout ce qu’il a reçu du Père, le Christ nous l’a donné en partage. Ce qu’il avait de plus précieux au monde, l’amour de cette mère capable de tout partager et de tout offrir, ce lien filial cause de tant de joie, le Christ l’a proposé et le propose à chacun de nous afin de nous aider à entrer dans le mystère vivifiant de sa mort. Car c’est auprès de Marie que nous apprenons à assumer nos croix avec leur dimension de salut universel et à "ne pas épargner nos vies devant l’angoisse et la souffrance de notre race" (Judith 13,20).

 

Ce fut le dernier don de Jésus sur la terre. Alors, "sachant que tout était achevé désormais, Jésus dit, pour que toute l’Écriture s’accomplît: ‘J’ai soif’. Un vase était là, plein de vinaigre. Une éponge imbibée de vinaigre fut fixée à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: ‘Tout est achevé’. Il inclina la tête et transmit l’Esprit".

 

 

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