Près de la croix de Jésus
Jn 19,25‑27
² Elle était debout,
Parce que Jésus mourant l'aimait ainsi, non pas écrasée par le chagrin, non pas révoltée par la haine, ni dégoûtée de l'ingratitude des hommes, mais pour porter jusqu'au bout au maximum le fardeau que portait Jésus.
² Elle était debout, pour adorer l'amour du Père, là, en plein milieu de la
colère des hommes, pour accueillir le oui du Père au monde, là, au milieu du
refus des hommes. Elle ne comprenait pas, non, elle ne pouvait pas comprendre
totalement, mais il lui suffisait que Dieu voie, que Dieu sache: comment ne pas
vouloir tout le oui de Jésus? Jamais
elle n'aurait imaginé qu'elle en viendrait là pour son Fils, avec son Fils.
Mais elle n'essayait pas de percer à toute force le mystère du plan de Dieu, le
mystère de l'Heure de Jésus.
Le présent, affreux, semblait renier tout un passé de
bonheur et de grâce, et Dieu lui enlevait le Fils de la promesse; mais elle
savait comment souffrir, puisqu'elle devinait pourquoi Jésus souffrait. Et quand
Jésus avait crié: "Eli, Eli, lamma shebaqtani!", en silence, de toute
la force de sa foi, elle avait terminé le Psaume: "La terre entière se
souviendra et reviendra vers le Seigneur. On annoncera le Seigneur aux âges à
venir. Telle est son œuvre!"
² Elle
était debout pour le départ de Jésus, pour que le dernier regard de son Fils la
trouve prête à servir.
Car elle allait partir, elle aussi, et sa mission
allait commencer. Elle allait rester, silencieuse, comme un vivant souvenir de
Jésus, elle qui lui ressemblait tant. Elle allait demeurer dans l'amour, à
l'ombre de l'Esprit, accueillante à toute détresse, pour prolonger dans le
monde le regard de Jésus.
Rien qu'à la voir passer, dans son châle de Galilée, on
se rappellerait le Maître disparu. Mais rien qu'à la voir prier, si sereine
dans sa solitude, si certaine de la présence de Jésus, on dirait désormais:
"Il est ressuscité, comme il l'a dit".