"Comme un sceau sur ton bras"

Jn 19,25-27

1 Jn 4,7-18

Ct 1,2-4; 8,5-7

Ga 4,5-7

Pour la profession d'une sœur, 16 Juillet

 

 

 

 

 

 

Que chanter en cette fête de Notre Dame, que célébrer, ma sœur, en ce jour où votre exode vous amène pour toujours sur la montagne du Carmel, quelle merveille rappeler, sinon l'amour merveilleux du Seigneur,

         l'amour qui a sa source en Dieu,

         l'amour qui devient source en nous,

         l'amour qui s'enhardit jusqu'à chasser toute crainte?

 

² L'amour vient de Dieu, parce que Dieu est amour. C'est la bonne nouvelle que nous portons au monde, et plus nous avons envie de la crier, plus nous avons besoin de silence pour l'entendre en nous-mêmes. L'amour part de Dieu. C'est ce que Dieu nous a fait connaître lorsque, "à la plénitude du temps", il a donné son Fils unique au monde afin que nous vivions par lui: "il a envoyé son Fils, né d'une femme, afin de nous conférer l'adoption filiale" (Ga 4,5).

Le propre de l'amour, c'est de faire vivre; et c'est bien ainsi que Dieu aime le monde. Lui qui est sans commencement a tout commencé par amour: "En ceci consiste l'amour: ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés". Aujourd'hui encore, Dieu est initiative d'amour. Chaque jour le Christ Seigneur offre à l'Église, son épouse, un amour tout neuf (Lm 3,23), jeune comme la nouvelle création; et à ce mystère nuptial chacun/e de nous est convié/e, comme le chante en notre nom l'Épouse du Cantique: "Le Roi m'a introduite!" (Ct 1,4). C'est toujours le Seigneur qui fait signe, qui fait entrer, et qui offre le parfum de son Nom et le vin des noces messianiques. Notre amour à nous ne sera jamais qu'une réponse, mais une réponse déjà pleine de bonheur, déjà audacieuse et impatiente: "Exultons et réjouissons-nous en toi! Entraîne-nous après toi, courons!"

"Courons": c'est la prière des consacrés, saisis par la hâte du Royaume.

"Courons", le temps est court, et déjà les champs sont blancs pour la moisson.

"Courons": nous n'avons que cette vie pour apprendre à  aimer.

 

² Et c'est en courant ainsi à la suite du Christ Époux que la consacrée prend à son tour l'initiative d'aimer. Elle court où il court, vers le monde à sauver. Sa lassitude est oubliée; effacées aussi les angoisses du premier désert. Par­ce qu'elle est née de Dieu  et connaît Dieu, elle sait que la seule urgence est d'aimer. Et plus elle entre dans l'initiative de Dieu et devient sœur universelle, plus elle perçoit que Dieu fait en elle sa demeure et que sa demeure est en Dieu. Car l'Esprit de Dieu le lui atteste, cet Esprit qui crie en elle: "Abba, Père, Père aimé!"

Elle ne découvre en elle-même que pauvreté, incertitude et impuissance, mais l'Esprit ne lui laisse dans le cœur qu'une conviction très douce: "Je vais hériter de par Dieu; mon héritage sera Dieu même!"

C'est ainsi qu'au rythme imprévisible de l'Esprit Saint, avec des lenteurs éprouvantes et des hâtes divines, celle qui se croyait encore esclave se découvre fille de Dieu (Ga 5,7).

 

² Alors, insensiblement, en grandissant, en prenant toutes ses dimensions, l'amour en elle bannit la crainte.

Anticipant le Jour de la grande rencontre, elle fait à Dieu l'honneur de marcher devant lui "en pleine assurance" (1 Jn 4,17), et désormais "elle monte du désert, appuyée sur son Bien-Aimé" (Ct 8,5), sans plus se soucier du visage qu'elle offre ni du hâle dont la route l'a marquée pour toujours: "Ne regardez pas comme je suis noiraude, dit l'Épouse du Cantique à ses compagnes; c'est le soleil qui m'a brûlée!" (Ct 1,6).

Une seule chose compte pour celle qui s'est vouée corps et âme au Seigneur, ce à quoi Dieu le Père l'a d'avance destinée: "reproduire l'Image du Fils bien-aimé" (Rm 8,29). Tel il est dans sa gloire, telle elle veut être dans le monde (1 Jn 1,17) sur le chemin montant qui mène à la gloire.

 

                                                                                   *

 

Telle est, ma sœur, l'aventure spirituelle, "l'heureuse fortune", qui vous attend, parce que vous avez voulu, répondant à l'appel de Jésus, entrer à tout jamais dans sa miséricorde et tout miser sur son seul amour.

C'est une destinée toute droite et simple, celle que saint Paul résumait dans une consigne: "Cheminez dans l'a­mour" (E 5,2).

Déjà il vous a fallu "passer par bien des épreuves" (1 P 1,6s) pour que l'or de votre foi sorte aujourd'hui tout pur du creuset, et pour que vous puissiez deviner un peu à quel point le Seigneur vous aime, "lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore."

Une longue route vous attend désormais dans le désert où Dieu vous parlera au cœur. Et chaque jour ce "chemin de l'amour" passera par un lieu béni, le lieu d'une rencontre grave et très douce, le haut lieu de la Croix de Jésus où vous retrouverez, debout, la Vierge Marie. Debout pour le Fiat, debout pour l'offrande, debout pour la mission.

Sans rien dire, la Mère de Dieu vous prendra sous son voile, et avec elle vous regarderez. Vous entrerez dans le mystère de la compassion, brûlée vous aussi de cet amour "fort comme la mort", plus fort que la mort, et que "les grandes eaux" de la Passion n'ont pu éteindre dans son cœur de mère.

C'est elle, la Vierge de Nazareth, qui ce matin vous suggère les mots de l'offrande totale: "Voici la servante du Seigneur." C'est elle qui encourage la hardiesse de votre amour, elle qui passa tout entière dans le don du premier jour.

Elle qui, si souvent, tout au long de son chemin de foi, a redit à Dieu son oui jamais repris, jamais dévalué, vous rejoint au moment du don irréversible. Elle vous aide à tout livrer, et à dire à Jésus, avec l'audace de celle qui se sait aimée, choisie et appelée:

 

          "Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras"

 

 

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