"Il ne m'a pas laissé seul"

                                                                                                                             Jn 8,21-30

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a bien des sortes de solitude:

         la solitude de celle qui a cessé d'accueillir, parce qu'elle ne se sent pas elle-même accueillie,

         la solitude de celle qui n'attend plus rien de ses sœurs, ou dont les sœurs n'attendent plus rien,

         la solitude de celle qui n'a jamais pu vraiment s'ouvrir, et qui a l'impression de n'exister pour personne,

         la solitude de la responsable, qui désormais doit porter sans se faire porter.

 

Il y a la solitude positive de l'adulte, qui sait que personne ne peut vivre ni mourir à sa place, et qui essaie courageusement de dire oui,

         oui à son passé, malgré ses blessures,

         oui à l'avenir, malgré les incertitudes,

         oui à  ce que Dieu lui offre dans le quotidien pour travailler au salut du monde.

 

Mais il y a la solitude négative,

         qui isole,

         qui renferme,

         qui cadenasse,

         et qui laisse l'intelligence et le cœur en proie à toutes sortes de fermentations.

 

Quelle que soit la lumière que l'Esprit de Jésus a déjà faite en nous, il est probable que notre solitude est encore marquée d'un certain flou, qu'elle demeure de temps à autre paralysante, et qu'elle ne nous met pas vraiment, résolument, en route vers la solitude des autres.

 

C'est pourquoi la parole de Jésus peut trouver en nous une résonance, quand il dit: "Celui qui m'a envoyé est avec moi; il ne m'a pas laissé seul".

Il n'y a pas de solitude absolue, pour nous non plus, aussi longtemps que nous percevons notre vie comme un envoi, notre liberté comme un cadeau du Père, et notre travail comme un mandat de Dieu .

 

Au contraire, l'impression d'être seuls grandit en nous à mesure que s'efface la certitude que nous sommes envoyés, à mesure que nous redevenons propriétaires de notre destin, de nos projets, de notre dévouement.

C'est alors que l'échec nous abat, que les résistances rencontrées nous désarçonnent, et que nous sommes tentés de briser tous les miroirs qui nous renvoient une image décevante de nous-mêmes.

 

Tout autant que nous Jésus a ressenti l'hostilité, l'incompréhension, l'ingratitude; comme nous il a dû assumer une certaine solitude humaine. Mais sa solitude était toujours habitée par la présence du Père et animée par la référence au Père: "Il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui  plaît".

 

C'est là son grand secret, mais un secret qu'il nous partage: si nous voulons que notre solitude change de signe, il faut qu'elle soit habitée par le plaisir de Dieu.

 

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