La section des témoignages.
Jn 5,31-40
² Dans l'Évangile de Jean, après la guérison de l'infirme à la piscine de Bethesda, Jésus revendique son pouvoir sur le sabbat. Il explique: "J'ai le droit de travailler même le jour du sabbat, de même que Dieu ne cesse pas, ce jour-là, de donner la vie et de juger."
Il sent l'objection qu'on va lui faire: "Qu'est-ce qui nous prouve que tu es dans ces relations privilégiées avec Dieu? Tu te rends témoignage à toi-même! Ton témoignage n'est pas valable!"
Jésus répond en montrant qu'il connaît bien la Loi. Il a pour lui, comme le demande la Loi, l'appui de plusieurs témoins, et il en énumère quatre: - Jean le Baptiste, - les miracles qu'il accomplit comme envoyé de Dieu, - les Écritures qui parlent de lui, - et enfin le Père lui-même. Mais, dans la pensée de Jésus, le témoignage primordial est celui du Père, que les trois autres doivent seulement relayer et monnayer.
² Le premier témoin convoqué est donc le Baptiste. Il reflète directement le témoignage du Père, puisqu'il est "un homme envoyé de Dieu pour rendre témoignage à la lumière"(Jn 1,6-7).
Les miracles de Jésus sont cités ensuite pour déposer en sa faveur. Eux aussi renvoient au témoignage du Père, car c'est le Père qui a donné à Jésus d'accomplir ces œuvres de puissance et de miséricorde. Déjà dans les évangiles synoptiques Jésus en appelait à ses œuvres, et déjà dans une réponse au Baptiste: "Jean, dans sa prison, écrit saint Matthieu, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui dire: 'Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?' Jésus leur répondit: 'Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez: les aveugles voient et les boiteux marchent!" (Mt 11,2-4).
Les Écritures elles aussi viennent de Dieu et sont donc une autre forme du témoignage du Père. D'après le Deutéronome et le Psaume 119, elles sont la source de la véritable vie, parce qu'elle nous réfèrent au plan de Dieu, à sa volonté de réussir l'homme. Pour l'Évangile de Jean, ces mêmes Écritures débouchent sur la vie d'une manière plus radicale encore, car elles rapportent des événements et des paroles qui préparent d'avance l'avènement du Messie Fils de Dieu, et donc l'irruption de la vie en plénitude.
À la source de ces faiceaux de lumière qui convergent sur lui, Jésus place le témoignage de Dieu; non pas seulement le témoignage solennel de la voix du Père entendue lors du baptême de Jésus: "Celui-ci est mon fils... Écoutez-le !", mais aussi le témoignage interieur que Dieu fait entendre dans le cœur de l'homme, quand il attire les hommes vers son Fils, quand il "tire" les hommes vers son Envoyé (Jn 6,44). C'est ce témoignage du Père que refusent les ennemis de Jésus, et Jésus leur en fait reproche: "Sa parole n'habite pas en vous, puisque vous ne croyez pas à celui qu'il a envoyé."
² Malgré la force, malgré la convergence de tous ces témoignages, le résultat est désastreux: "Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie éternelle!". " Vous ne voulez pas", dit Jésus: le seul obstacle est donc en nous seuls, car Dieu, lui, est capable de nous donner la force en dépit de nos faiblesses, et de moduler sa lumière en fonction de nos yeux.
Aujourd'hui encore les quatre témoignages existent et nous sont proposés:
- témoignage des précurseurs, des porteurs et des porteuses de l'Évangile, qui nous montrent le Christ;
- rencontre qui nous est offerte avec les œuvres de Jésus, avec les merveilles qu'il accomplit chaque jour pour la gloire de Dieu et le salut du monde;
- familiarité toujours possible avec les paroles de Jésus, avec toute l'Écriture qui nous parle de lui;
- accueil filial du témoignage du Père, que le Paraclet fait entendre à l'intime de notre cœur.
Aujourd'hui encore s'ouvrent devant nous ces routes qui nous mènent au Christ, "des chemins s'ouvrent dans notre cœur" (Ps 84,6). Avançons sans crainte: ils mènent à la vie et ils traversent tout, même la tristesse, même notre indignité, même notre faiblesse, même nos lassitudes, même nos craintes devant l'avenir. Quand Dieu s'engage, il tient promesse; en nous donnant son Fils, il se lie à nous pour toujours.