"Qui
croit en lui n'est pas jugé"
Jn 3,16-23
Le jugement : un mot qui a traumatisé durant des siècles les chrétiens; une idée qui déclenche une allergie immédiate chez beaucoup de croyants de notre époque ; une perspective qui pourtant ouvre sur un vrai dynamisme spirituel, si nous y entrons guidés par le langage johannique.
Car Jean envisage deux sortes de jugement, deux krisis bien différentes :
- Il y a d'abord le jugement ultime, qui sera prononcé à la fin des temps par le Fils de l'homme, et seulement à la fin des temps. Et de ce jugement-là Jésus dit, dans l'Évangile d'aujourd'hui : "Le Père a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé ". L'avènement du Fils de Dieu dans la chair est ordonné au salut des hommes, et jusqu'à la fin de l'histoire humaine toute sentence est reportée.
- Mais bien avant ce jugement décisif, et tout au long du temps des hommes, se poursuit un autre jugement (krisis) : la démarcation immédiate de la lumière et de la nuit. C'est une sorte de discernement et une option vitale ; c'est une allergie aux ténèbres qui survient, instantanée; c'est comme un seuil critique sans cesse franchi par l'homme, libre devant Dieu pour le refus ou pour l'assentiment. Ce jugement-là trace une frontière, mouvante comme la vie, qui traverse le monde des hommes, le cœur de chacun, et donc aussi chaque communauté qui se réclame du projet de Jésus : "Le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière".
Celui qui, coupablement, ne croit pas, et ne vient pas à Jésus, a jugé pour lui-même ; "il s'est jugé lui-même", et il reste en deçà de la frontière de la vie.
Celui qui croit, qui vient à Jésus, franchit librement le seuil, il passe de la mort à la vie ; il laisse derrière lui la frontière du jugement, parce qu'il s'avance vers Dieu et s'offre tout entier à la lumière.
C'est surtout cette dynamique de la lumière, ce phototropisme de la foi en Jésus, que l'Évangile de Jean met en relief, pour chaque croyant et pour chaque communauté : "Celui qui fait la vérité vient à la lumière", dit Jésus.
Celui qui appuie son action et ses choix sur la parole de Jésus n'a pas peur de la lumière.
Ceux qui ensemble soumettent leurs interrogations et leurs projets au regard de Jésus n'ont pas à craindre la lumière que l'Esprit fera jaillir à l'intime des frères. Ils peuvent même s'avancer hardiment vers la lumière: elle ne révélera que la santé des cœurs, une volonté unanime de faire advenir le Royaume. La lumière très douce de l'Esprit viendra attester aux frères en dialogue que leur œuvre de concertation, de discernement, de perspective dans l'espérance, "est faite en Dieu".