"Prends ton grabat
!"
Jn 5,1-16
Jésus aurait pu dire: "Je n'irai jamais dans ce lieu"; car à la piscine de Béthesda la religion était souvent mêlée de magie, et l'on y vénérait, autant que Yahweh, Asklépios, le dieu grec de la guérison. Or Jésus a tenu justement à témoigner de la miséricorde de Dieu au bord de cette piscine où les malheureux, pour garder un espoir, se contentaient d'un amalgame de croyances.
C'est Jésus lui-même qui prend l'initiative. Non seulement l'homme ne demande rien, mais il s'en ira guéri, sans même savoir le nom de son guérisseur .
² Veux-tu être guéri?", demande Jésus; et, comme souvent dans l'Évangile de Jean, l'homme se méprend d'abord sur ses paroles. Pour ce paralysé, être guéri supposerait une triple chance: il faudrait
- que l'eau bouillonne,
- qu'il soit présent à ce moment-là,
- qu'il trouve quelqu'un pour le plonger dans
l'eau.
"Guérir, ce n'est pas pour moi", pense l'homme; et pourtant il
revient, depuis des années, sans se résigner, sans se décourager, sans renoncer
à l'espérance.
"Veux-tu être guéri?", nous demande Jésus; et nous comprenons: "Veux-tu que je te guérisse, tout de suite, et chaque jour?". Si c'est Jésus qui nous guérit, alors ce n'est plus une question de chance, mais une question de foi; et il nous suffit d'obéir aux trois ordres de Jésus: "lève-toi"; "prends ton grabat"; "marche".
² "Lève-toi!" - C'est pour nous tout un programme. Il nous faut quitter le grabat, signe de la paralysie, de la puissance et de la dépendance, et accepter de vivre debout, menacés, vulnérables, certes, mais restaurés dans notre dignité et dans notre autonomie d'êtres libres.
Ce serait si facile, parfois, de se faire porter par les autres, et d'imposer aux autres le poids de nos misères et de notre inertie! Il serait si tentant de nous installer dans nos paralysies spirituelles!
"Prends ton grabat"; car ta guérison sera définitive. Tu n'auras pas à revenir auprès de la piscine; tu n'auras plus en vouloir aux autres, jamais là au bon moment! Emporte le signe de ta servitude. Renonce pour toujours à te faire porter. Et ne laisse, sous tes yeux et sous les yeux des autres, aucune trace de ton infirmité.
"Marche". Mets en œuvre ta nouvelle liberté et la santé que moi, je te donne. Marche, et témoigne, chemin faisant, que moi, Jésus, je fais les œuvres qui n'appartiennent qu'à Dieu, les œuvres que Dieu lui-même n'interrompt pas le jour du sabbat: je donne la vie et j'accueille dans la vie éternelle.
Pour être guéris par Jésus, sur la route de notre Exode, il nous suffit de faire, avec sa force à lui, ces trois choses toutes simples que nous finissions par croire impossibles:
nous lever à son appel;
emporter une bonne fois toutes les tristesses de notre passé,
marcher avec la certitude d'être aimés de Celui qui nous sauve.