Des poteries sans valeur

 

Jn 20,19-23

Is 60,1-4

2 Co 4,5-11

 

 

 

 

 

² L’un des sentiments les plus forts qui habitaient le cœur humain du Christ était la certitude d’avoir sur terre une mission à remplir. Jamais il ne perdait la paix, et pourtant chacune de ses journées était vécue sous le signe de l’urgence, parce que l’œuvre du père était là, mobilisant toutes ses forces. À tel point que Jésus, lorsqu’il parlait de Dieu, disait souvent, comme d’instinct: "le Père qui m’a envoyé".

Cette conviction d’être l’Envoyé de Dieu se manifeste dans l’Evangile dès l’adolescence de Jésus, puisque déjà,  dans le Temple au milieu des docteurs de la Loi, il disait: "Je me dois aux affaires de mon Père".

Et nous retrouvons le même réflexe, dans la vie de Jésus, lors de sa première homélie à Nazareth, dans la synagogue de son enfance. Jésus se lève pour faire la deuxième lecture dans le grand rouleau des Prophètes. Que choisit-il? Le passage d’Isaïe sur l’envoi d’un homme de confiance: 'L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé ..."

Et Jésus de lire directement dans le texte d’Isaïe sa propre vocation, sa mission personnelle, toute de vie et de joie: il vient, porteur d’une bonne nouvelle pour le monde; il vient guérir, libérer, consoler; il vient parfumer les humains et les vêtir d’habits de fête.

Pourtant - et c’est là le grand paradoxe de la vie de Jésus - cette mission de joie, Jésus va l’accomplir en prenant sur lui toute détresse: lui aussi sera pauvre, lui aussi aura le cœur brisé, lui aussi connaîtra la captivité, et c’est en traversant "ces souffrances de mort", comme dit saint Paul, qu’il apportera la vie à tous les hommes de bonne volonté.

 

² Ce destin de Jésus, Fils de Dieu, se renouvelle en nous, les baptisés, confirmés dans l’Esprit Saint, parce que Jésus nous envoie comme il a été lui-même envoyé par le Père.

Nous sommes bien tous porteurs d’une joie définitive pour le monde, car Dieu, maître de toute lumière, "a brillé dans nos cœurs  pour y  faire resplendir la gloire qui rayonne sur la face du Christ ressuscité", et cette connaissance de Jésus glorieux, de Jésus Seigneur, qui illumine notre cœur, nous avons mission de la porter jusqu’au bout du monde, à tous les hommes qui cherchent Dieu, même à tâtons.

Cependant le paradoxe nous habite aussi, nous, disciples de Jésus, car ce trésor de la foi au Christ, cette grâce inouïe de l’espérance en Dieu, nous les portons comme une belle flamme "dans des poteries sans valeur" (2 Co 4,7).  La flamme est vive et chaude, parce qu’elle a été allumée directement au cœur de Dieu; elle demeure capable d’incendier le monde avec l’amour de Jésus et d’illuminer tous les hommes qui vivent "dans les ténèbres et l’ombre mortelle", mais nous, les porte-flamme, nous sommes fragilisés par nos limites et nos péchés; nous avons de plus à traverser, dans le monde comme au cloître, ce que Paul appelait les "tribulations" apostoliques (thlipseis). Nous subissons l’épreuve; nous sommes désorientés, pourchassés, terrassés; nous subissons dans notre corps la mort de Jésus, le témoin fidèle. Et si ce n’est pas nous, ce sont nos frères et nos sœurs quelque part dans le monde: "nous sommes continuellement livrés à la mort", comme Jésus et à cause de Jésus. Mais la lumière continue de briller au milieu des ténèbres, et la parole poursuit sa course, parce que sa puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu; et ainsi la vie de Jésus, la victoire de sa vie, "est manifestée dans notre existence mortelle".

 

² Les épreuves sont là, bien réelles, bien quotidiennes, mais plus sûre encore est la victoire de Jésus; et c’est ce message de confiance que nous laisse aujourd’hui l'Évangile.

Les disciples, au soir de Pâques, avaient peur, et ils s’étaient cadenassés. Jésus vient, il se tient parmi eux, et leur dit: "La paix soit avec vous!". Après cette parole, il leur montre ses mains et son côté. Puis de nouveau il dit:      " La paix soit avec vous!", et il ajoute: "Moi aussi je vous envoie".

Ainsi la paix que donne Jésus est liée à la fois à ses plaies qu’il nous montre et à sa parole d’envoi.

C’est une paix  à cause des plaies et une paix  pour la mission.

Quand l’envoyé de Dieu perd la paix, il lui faut revenir aux plaies du Sauveur, et les plaies du Sauveur le renvoient, pacifié, à sa mission, au milieu de ses frères.

Il se sait faible et "vase d’argile"; mais la lumière qu’il porte viendra toujours de Dieu.

 

 

Page d'accueil

 

 

Retour Jean 20-21