"Celui qui vient derrière moi"
Jn 1,19-28
² Parmi les disciples du Baptiste, plusieurs ont
hésité longtemps entre le Précurseur et Jésus, même après la mort de leur
premier maître. À plusieurs reprises le quatrième évangile essaie de leur venir
en aide. D'où les allusions au Baptiste qui émaillent déjà le Prologue :
"Il n'était pas la lumière, mais
le témoin de la lumière ... Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à
la lumière."
Ce témoignage du Baptiste
lui-même, que nous ici dans l'Évangile, a dû avoir d'autant plus d'impact qu'il
a été livré en réponse à des prêtres et à des lévites mandatés par les
autorités religieuses de Jérusalem pour lui demander : "Qui es-tu ?"
² Les questions sont précises, pertinentes, et amènent
Jean Baptiste à récuser successivement trois rôles que, d'après son
comportement et à la lumière de la tradition biblique, on était tenté de lui
attribuer. Et le Baptiste ne laisse rien dans le flou :
- il n'est pas le Messie, le
lieutenant royal de Dieu ;
- il n'est pas Élie revenu,
celui qui doit inaugurer les derniers temps ;
- il n'est pas le prophète
tel que Moïse, censé renouveler les prodiges de l'Exode, celui dont Moïse
disait, dans le Deutéronome : "Yahweh ton Dieu suscitera pour toi, du
milieu de toi, parmi tes frères, un prophète tel que moi, que vous
écouterez" (Dt 18,15).
² Sa véritable mission, Jean la reconnaît dans le
texte d'Isaïe : "Je suis la voix qui crie, dans le désert : Aplanissez le
chemin du Seigneur " (Is 40,3). Une voix ! Non pas un visage, qui fascine
et qui retient, mais une voix, tout entière au service du message qu'elle crie
au monde.
De fait, inlassablement, le
Baptiste renvoie au plus grand, au plus puissant qui vient derrière lui et qui
va "se manifester à Israël" : "Au milieu de vous se tient celui
que vous ne connaissez pas !"
Ce n'est pas un reproche aux
disciples, mais une affirmation sur le style de l'Envoyé de Dieu, le Messie
caché dans l'ordinaire des hommes, Jésus de Nazareth. Les disciples ne le
connaissent pas, non par mauvaise volonté, mais parce qu'il doit se révéler
progressivement, "être manifesté à Israël".
² Comment découvrir celui qui se cache ? Le Baptiste
nous suggère seulement une attitude fondamentale, celle de l'humilité et du
service : d'avance il est prêt à s'agenouiller devant celui que Dieu lui
montrera. Mais la première lettre
johannique va plus loin et plus profond, et nous indique, à nous, disciples du
Christ, la route à suivre pour rejoindre celui qui se cache à notre foi :
- "ce que nous avons
entendu depuis le commencement",
- et "l'onction que nous avons reçue de lui" (1 Jn 1,1 ;
2,27).
Il nous faut donc garder en
nous les paroles de Jésus, transmises depuis le commencement de son ministère,
et laisser travailler en nous l'Esprit Saint, l'Esprit Paraclet, qui nous
enseigne tout en nous remémorant ce que Jésus nous a dit et en rendant ces
paroles vivantes comme une fontaine.
² De tout temps les prophètes, hommes de l'Esprit, ont
lu le présent du peuple de Dieu en se référant à la fois aux événements
fondateurs et aux promesses du Maître de l'histoire. Dans le temps de l'Église,
l'Esprit Paraclet nous habilite au même repérage prophétique sur l'origine et
sur la fin, sur l'alpha et sur l'oméga ; et en chaque aujourd'hui du salut il réalise à l'intime des cœurs à la fois
une anamnèse actualisante des paroles de Jésus et un réveil de l'espérance dans ses promesses.
Que ce même Esprit, envoyé
conjointement par le Père et le Fils, nous donne de relire ensemble notre passé
dans sa propre lumière, afin que ces moments du souvenir actualisent
aujourd'hui les intuitions de nos grands saints et revitalisent l'espérance que
Jésus nous a mise au cœur en nous appelant à sa suite.