"Quelqu'un que vous ne connaissez pas"
Jn 1,19-28
"Au milieu de vous, dit
Jean le Baptiste, se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas,
et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa
chaussure."
Ce Messie de Dieu, devant
lequel déjà le Baptiste s'effaçait, personne, ni en Galilée ni sur les bords du
Jourdain, ne l'avait encore reconnu en Jésus de Nazareth . Pourtant, à cette
date, Jésus était déjà un adulte d'une trentaine d'années environ ; mais il
assumait tellement notre existence humaine, notre vie laborieuse et ses
horizons quotidiens, il était à ce point "reconnu pour un homme" (Ph
2,7) que personne encore dans sa bourgade n'avait deviné son secret.
Même quand Jésus se mettra à
guérir et à multiplier les signes, même quand il commencera à parler comme
jamais homme n'avait parlé, une distance restera à franchir, pour tous et
chacun de ses disciples, entre ce qu'ils verront et l'acte de foi qu'il auront
à poser. Dieu n'est pas évident, et Jésus l'Homme-Dieu, ne l'a pas été.
Jean le Baptiste dira à son
sujet : "Moi-même je ne le connaissais pas, mais j'ai vu l'Esprit , tel une
colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. J'ai vu, et j'atteste qu'il
est, lui, le Fils de Dieu."
J'ai vu, j'atteste: c'est
bien cela , l'acte de foi; et cet acte de foi que le Baptiste pose est en lui
le fruit d'une révélation de Dieu, d'une sorte de désignation par l'Esprit de
Dieu.
Ainsi en va-t-il encore
aujourd'hui, et chaque jour, de notre
acte de foi vive. Qu'avons-nous pour l'appuyer ? Saint Jean nous le dit dans sa
première lettre : "Ce que nous avons entendu depuis le commencement",
ce que l'Église de Jésus redit depuis le premier jour et que nous gardons en
nous-mêmes "depuis le commencement" de notre amour de Dieu. Mais ce message transmis, ce dépôt gardé,
qui vient l'éveiller chaque jour dans
notre foi ? - l'Esprit de Dieu, l'Esprit du Père qui nous désigne le Fils, l'Esprit du Fils qui nous fait demeurer
dans le Père, l'Esprit que chacun de nous a reçu et reçoit comme une onction
qui pénètre la vie : "Elle demeure en vous, l'onction par laquelle il vous
a consacrés, et vous n'avez pas besoin qu'on vous instruise" (1 Jn 2,27).
Si nous gardons en
nous-mêmes ce que nous avons reçu dès le commencement, l'Esprit de Jésus se
charge de la faire vivre en nous : "Vous êtes instruits de tout par cette
onction qui est vérité."
Au milieu de nous, perdu
parfois dans le brouhaha de notre cœur, se tient Jésus, que nous ne reconnaissons
pas. Arrêtons-nous un instant ; suivons
des yeux le vol de l'Esprit Saint : reconnaissons Jésus à la fraction du pain.