Parmi nous

Jn 1,1-18

 

 

² Cette nuit nous avons revécu, dans la joie, l'événement central de l'histoire du monde, la naissance à  Bethléhem du Fils de Dieu devenu le bébé de Marie. Et jamais sans doute nous n'emplirons assez nos yeux et notre cœur de ces images très simples de la Nativité que nous a laissées l'Évangile.

 

Le folklore, depuis des siècles, s'en est emparé, au point parfois de les rendre méconnaissables, et notre foi réagit, avide de vérité et de simplicité. Mais en même temps nous sentons bien que nous trahirions à la fois et l'homme et le message de Noël si nous tarissions en nous-mêmes la source de la poésie. Sans céder à la naïveté, nous voulons garder notre fraîcheur, car au cœur de l'événement de Noël, quelles que soient les mutations de notre culture ou de notre sensibilité, un mystère demeure, qui vient de Dieu et veut atteindre l'homme, une réalité qui ne fut pas du folklore, mais la dure expérience de tous les foyers pauvres du monde, les minutes d'angoisse de toutes les mères du monde, puis la joie indicible de toutes celles qui mettent au monde un enfant, et qui ne cessent de se redire, sans mots et sans phrases: "il est là, et c'est mon petit".

 

C'était son petit, et c'était le Fils de Dieu, vrai homme puisqu'il avait besoin de sa mère, vrai Dieu, puisqu'il ne cessait pas, en dormant, en pleurant, ou en suçant son pouce, d'être Un avec le Père. Quand nous prenons conscience de cette initiative inouïe de Dieu dans notre histoire, de ce mystère du Fils de Dieu devenu homme, nous percevons les limites de notre intelligence et l'indigence de nos mots ou de nos idées; nous ne pouvons qu'admirer tour à tour les deux faces du paradoxe, et que redire tantôt "il est à nous, il est chez nous", tantôt "il vient de Dieu, et il est Dieu".

 

² Mais saint Jean, dans cette longue méditation qui ouvre son évangile, nous offre un chemin pour entrer plus avant dans ce mystère de l'Incarnation.

 Au lieu de contempler l'Incarnation dans l'instant de Noël, il étale pour ainsi dire le mystère tout au long de l'histoire humaine, depuis les lointaines origines du monde; il retrace tout le dessein de Dieu, sa longue patience avec les hommes, et l'amour avec lequel il a préparé, depuis des siècles, sa fête de Noël.

 

Saint Jean nous dit surtout ce que le Christ a été depuis toujours et ce qu'il vient faire parmi les hommes et pour les hommes.

De toute éternité il était avec Dieu, et Dieu lui-même, Dieu avec Dieu. Avant même qu'il y eût un monde, avant même qu'il y eût un temps à mesurer, il était, comme Fils de Dieu, l'image parfaite de son Père,  l'expression totale de son Père.

Et à partir du moment où des hommes ont vécu dans ce monde, toutes les fois que Dieu s'exprimait, il le faisait par son Fils. De tout temps, ce Fils de Dieu a été la lumière des hommes; il a été pendant des siècles la lumière du peuple hébreu, en lui révélant ce qui plaisait au Père, et tous les fils d'Israël qui acceptaient de croire à cette lumière trouvaient l'amitié de Dieu. 

Enfin ce Fils de Dieu s'est fait chair, il a établi sa demeure parmi nous, et il pouvait dire: "Moi, parole éternelle de Dieu, je vous parle du Père avec vos mots humains". Après des siècles de révélation, nous avons entendu le Révélateur; le Fils de Dieu a fait entendre une voix humaine qui était la sienne.

 

Noël, c'est cela aussi, c'est cela surtout: c'est Dieu le Fils qui demande à être reçu chez nous, et qui se fait enfant chez les hommes pour offrir aux hommes de devenir enfants de Dieu.

Voilà ce que notre foi doit rejoindre, voilà ce que notre cœur d'homme ou de femme doit entendre en ce jour de Noël, sans que jamais nos mains puissent se refermer sur le mystère. Car ce que nos yeux voient, c'est un bébé au fond d'une grotte, brun de peau et noir de cheveux; ce que nos oreilles entendent, c'est un tout-petit qui réclame toutes les trois heures.

 

Noël : le Fils de Dieu nous regarde, et son regard est un regard d'enfant.

  

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