"De sa plénitude tous nous avons reçu"
Jn 1,16-18
Oui, de sa plénitude tous nous avons reçu,
et grâce sur grâce.
Car la Loi a été donnée par Moïse,la grâce et la vérité sont advenues par Jésus Christ.
² Après le bref témoignage du Baptiste (v. 15), l'évangéliste reprend la parole pour mettre en lumière la plénitude propre au Fils unique fait chair, nommé pour la première fois Jésus-Christ, en qui se manifestent tout l'amour et toute la fidélité de Dieu. À cette plénitude, tous nous puisons désormais. Ce "nous tous" désigne l'ensemble de ceux qui ont adhéré à Jésus, Fils de Dieu: ses contemporains, mais aussi les chrétiens de tous les temps. Jésus dira, plus loin dans l'Évangile: "Le Père a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même" (Jn 5,26); "je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance" (10,10). C'est cette idée de surabondance qui affleure déjà ici : "Car de sa plénitude tous nous avons reçu, et grâce sur grâce".
² Puisqu'il s'agit de la plénitude qui habite le Fils unique en sa chair, l'expression " grâce sur grâce" [ou : grâce après grâce] doit renvoyer elle aussi aux dons gratuits et aux marques d'amour qui débordent du Logos incarné. En disant "grâce sur grâce" l'évangéliste ne met pas en vis-à-vis un premier don, qui serait la présence dans l'univers du Logos non incarné, et une seconde grâce qui serait sa venue dans la chair. Il n'oppose pas non plus l'économie ancienne et celle de la nouvelle alliance. Il entend seulement souligner que la plénitude du Fils incarné se répandra désormais sur les croyants de manière imprévisible, chaque don annonçant un don plus large encore. Le disciple du Fils ira donc vraiment de grâce en grâce; et l'évangéliste en donne immédiatement un exemple majeur : non seulement les hommes trouvent en Jésus-Christ un accès direct à la grâce et à la vérité-fidélité de Dieu (v. 17), mais le Fils unique leur raconte en mots humains le Père que nul jamais n'a pu voir (v.18). À une première grâce de proximité s'ajoute donc une grâce de révélation, que soulignera le dernier verset du Prologue.
² Insistons aujourd'hui sur la proximité :
"La Loi a été donnée par Moïse;
la grâce et la vérité sont advenues par Jésus-Christ".Habitués à la pensée de saint Paul, nous serions tentés de lire ici une opposition entre la Loi et la grâce. Mais dans cette phrase le contraste joue tout autant entre la Loi et la vérité, et surtout Jean ne polémique jamais contre la Loi comme moyen de salut. Dans l'Évangile de Jean, quand Jésus prend ses distances en disant "votre loi", il vise moins la Loi en tant que donnée par Moïse que la Loi utilisée contre lui par les autorités religieuses. Pour Jean, le don de la Loi a été un bienfait du Logos. Moïse est, à ses yeux, non seulement celui qui a transmis la Loi (7,19.22s), mais celui à qui Dieu a parlé (9,29) et qui enseigne dans les Écritures (1,45; 5,45-47); il est même un témoin en faveur du Christ (1,15; 5,46) et la traversée du désert sous sa conduite constitue une figure authentique du salut par le Fils de l'Homme (3,14; cf. 6,32s.49s). Le Prologue n'établit donc pas une opposition entre Moïse et Jésus, mais une gradation entre deux manifestations successives du Logos:
- l'une par la médiation de Moïse: la conclusion de l'Alliance et la révélation de la loi ;
- l'autre, définitive, et qui est par excellence acte de grâce et de fidélité: la venue dans la chair du Logos, Fils unique.
C'est de sa plénitude que les hommes, aujourd'hui encore, reçoivent tout. Pour nous, croyants, Jésus, le Logos incarné, est réellement la source de toute révélation de Dieu à l'humanité, il est au centre de l'unique plan divin pour le bonheur des hommes, et nous avons l'audace de nous en remettre à lui du salut de tous, car il apporte la lumière, le pardon et la vie bien au-delà des frontières visibles de son Église.
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