"Jean lui rend témoignage"
Jn 1,15
Jean témoigne à son sujet et il clame :
"C'était lui dont j'ai dit :celui qui vient derrière moi est passé devant moi,
parce qu'avant moi il était".
² Cette mention du Baptiste étonne dans le contexte hymnique du Prologue, car elle semble interrompre le développement concernant le Fils unique plein de grâce et de vérité. Tout porte à croire que l'auteur du Prologue en était lui-même conscient ; et pourtant il a tenu à rappeler une deuxième fois (cf. v.6-8) le témoignage du Précurseur.
Curieusement le Baptiste est introduit au présent : "Jean témoigne" au sujet de l'Unique, et il crie son message. Au moment ou écrit l'auteur du Prologue, le Baptiste est mort depuis des décennies, et la vie terrestre de Jésus est déjà bien loin. Pourtant Jean s'impose encore comme un témoin majeur, comme si sa grande voix devait continuer à retentir au long des siècles chrétiens, car ce que confesse la communauté au sujet de Jésus a été suggéré dès le début par le Baptiste, dans des termes qui ne pouvaient être que mystérieux. Le Baptiste vient dire, en quelque sorte, aux générations chrétiennes successives : "Ce Jésus, en qui vous reconnaissez le Fils unique venu du Père, c'était lui qui se trouvait au bord du Jourdain quand j'ai dit : "Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, parce qu'avant moi il était".
² Ces paroles de Jean, enchâssées maintenant dans le Prologue, anticipent sur des phrases que le Baptiste va prononcer dès le premier chapitre du récit évangélique. La première est un aveu d'humilité, devant la supériorité de Jésus : "Celui qui vient derrière moi, je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale" (Jn 1,27). La deuxième est prononcée le lendemain. Le Baptiste désigne Jésus comme l'Agneau de Dieu, et il ajoute, d'une manière déjà insistante: "C'est de lui que j'ai dit : Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi, parce qu'avant moi il était" (Jn 1,30).
L'humilité du Baptiste devant Jésus avait été notée déjà par les Synoptiques: "Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi" (Mt 3,11 par). Ce que le quatrième évangile ajoute, c'est la raison théologique de la plus grande force et de la plus grande dignité de Jésus : il était avant le Baptiste. Cela ne se réfère pas à la chronologie, car le Baptiste était de six mois plus âgé que Jésus. Il s'agit donc de la préexistence de Jésus; et là le Baptiste, dans son langage personnel, rejoint les affirmations du Prologue sur le Logos "au commencement". Jésus lui-même revendiquera cette préexistence hors du temps des hommes, lorsqu'il déclarera : "Avant Abraham existât, Je suis" (Jn 8,58), et quand il demandera au Père lors de la Cène : "Glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j'avais auprès de toi avant que fût le monde" (17,5).
² Ce que le Précurseur a dit sur les bords du Jourdain, il continue à le clamer à tous les lecteurs du Prologue. Sa manière d'être témoin de la lumière (v.6), c'est de suggérer l'origine divine de celui qu'il a baptisé dans l'eau, de s'effacer devant celui qui va baptiser dans l'Esprit parce qu'il vient d'auprès de Dieu. L'aujourd'hui dans lequel il témoigne s'étire dans le temps de l'Église, tout comme l'aujourd'hui de l'évangéliste, dont il est dit, en Jn 21,24: "C'est ce disciple qui témoigne". L'Esprit, lui aussi, lui surtout, investit ce temps présent qui ne vieillit pas et qu'aucun moment ne peut retenir : "C'est l'Esprit qui témoigne, parce que l'Esprit est la vérité" (1 Jn 5,7).
Disciples de Jésus depuis l'éveil de notre foi, il nous est difficile d'imaginer l'impact que le Précurseur a eu sur les hommes de son temps. Jésus lui-même a dit de lui, avec admiration : "Parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste" (Mt 11,11). On comprend que l'auteur du Prologue, abordant le mystère central de la divinité du Fils incarné, ait voulu s'appuyer sur le témoignage, toujours vivant, de ce géant de la foi.
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