Appelée au désert

Jn 19,25-30

Is 54,1-10

Ep 1,3-14

 

Profession solennelle d'une sœur

 

 

 

 

 

Au désert, on ne peut pas longtemps cheminer seul. Le salut, c'est la caravane, avec sa vigilance de tous les instants et sa rude fraternité.

Le moment est venu pour vous, ma sœur, de lier pour toujours votre marche vers Dieu à cette caravane, à cette communauté que vous avez trouvée sur votre route au moment où vous étiez à la recherche d'un point d'eau.

Dieu était à l'œuvre dans cette rencontre, comme dans la longue marche qui l'a précédée, et c'est justice qu'à pareil jour vous vous retourniez vers lui avec action de grâces

pour le louer de vous avoir bénie,

pour chanter le mystère où il vous donne d'entrer,

et pour accueillir dans la joie la mission qui vous confie, la mission mariale du Carmel.

 

² Quand Dieu bénit, il dit le bien qu'il a fait et qu'il va faire, il annonce le bonheur qu'il se promet d'accomplir; si bien que toute bénédiction de Dieu renvoie au mystère de sa parole qui à la fois crée et révèle.

Saint Paul vient de vous le redire: la bénédiction qui vous atteint aujourd'hui, vous vient du cœur de Dieu éternel, ce Père qui était avant le commencement, parce qu'il est éternellement initiative d'amour. Dieu est celui qui "ouvre la main" pour la laisser éternellement ouverte (Ps 104,28), celui qui est sans cesse en train de commencer, et qui recommence, sans mépris ni lassitude, avec chacun de ses enfants.

- Il vous a choisie et mise à part pour vivre sainte devant lui, pour vous laisser sanctifier par sa présence; et il vous regarde désormais à travers le visage de son Fils.

- Par le sang du Christ il vous offre chaque jour un chemin de délivrance, et il met sa joie à vous pardonner.

- Enfin, dans son désir de tout partager avec vous, il voudrait ouvrir votre cœur à la vraie sagesse et vous faire entrer tout entière dans son projet paternel: réunir l'univers entier sous un seul chef, le Christ. C'est là "le secret de sa volonté" (Ep1,9), qu'il a dévoilé une fois pour toutes par la parole de son Fils, mais dont il tient cachés les étapes, les délais et les échéances.

 

Saisie par cet appel de Dieu, vous savez déjà, ma sœur, quelle doit être votre réponse; c'est celle que saint Paul suggérait à tous ses convertis:

- entendre en profondeur l'Évangile qui sauve;

- déchiffrer le sceau de l'Esprit, si souvent invisible et insensible, qui vous a marquée une fois pour toutes à votre baptême et à votre confirmation;

- attendre ardemment l'héritage promis, en donnant aujourd'hui à Jésus Christ toutes les forces de votre désir et tout l'amour de votre cœur.

 

² Car le mystère où Dieu vous offre d'entrer, ce déploiement mystérieux de son amour au long des temps pour tous les hommes, peut devenir, à la mesure de votre générosité, votre mystère, l'espace où vous vivrez consciemment votre destin de consacrée.

Ce destin, vous l'avez vous-même reconnu dans le texte extraordinaire du livre d'Isaïe que nous venons de relire.

C'est Dieu qui parle pour consoler sa fille, la Ville sainte, "malheureuse, livrée aux vents et sans réconfort".

"Ne crains pas, lui dit Dieu, car tu ne sera pas déçue.

 Je t'avais un instant caché ma face,

 mais avec une bienveillance durable, j'aurai pitié de toi, moi qui te rachète".

 

À celle qui vivait seule et désolée, Dieu parle de maternités et de bonheur; à celle qui se disait stérile, Dieu confie une mission universelle: "Élargis l'espace de ta tente; déploie sans hésiter les toiles qui t'abritent, allonge tes cordages!"

Enfin, pour mieux faire entendre son amour, et pour expliquer comment la servante devient reine, Dieu, tout heureux de faire une surprise, livre en clair son grand secret: "Ton Époux, c'est ton créateur ! "

La femme douloureuse à qui Dieu rend l'espoir, c'est avant tout Jérusalem, la communauté des croyants, c'est maintenant l'Église, qui a passé à son doigt la nouvelle alliance de Jésus Christ. Si bien que le mystère nuptial, cher à toute consacrée, ces épousailles divines qui accomplissent, au niveau de la foi, tout son être de femme et de croyante, ne peuvent être vécues qu'en référence à l'Église et à sa mission. Plus une consacrée s'identifie au destin de l'Église, plus elle rejoint le Christ époux qui s'est livré pour elle.

 

² C'est cette certitude qui a mené Marie jusqu'au pied de la croix, et la dernière chose que Jésus a voulu accomplir parmi nous, c'est de lui révéler les dimensions universelles de sa maternité. À l'heure de son passage au Père, Jésus a voulu lier pour toujours le mystère de la maternité spirituelle de Marie au mystère de sa propre mort et du don de l'Esprit.

 

Ma sœur, lorsqu'aux moments de tourmente de désarroi vous chercherez de toutes vos forces à retrouver le sens rédempteur de votre vie cachée et de votre silence, c'est au pied de la croix qu'il vous faudra revenir.

Vous y retrouverez la Mère de Jésus, debout, forte, toute droite dans son espérance.

Vous la verrez, toute soumise au vouloir de Dieu, passée tout entière dans le oui de son Fils, et déjà accueillante à toute détresse.

Vous la rejoindrez, humble femme presque seule, à la frontière de la haine et de l'amour, et vous trouverez en elle, servante, épouse et mère, l'icône de l'Église.

Vous la regarderez, et en suivant son regard vous rencontrerez celui de son Fils.

 

Alors la paix reviendra, avec la joie de servir.

Sûre de Dieu, et vouée à la louange de sa gloire,

sûre de Jésus et de son amour pour le monde et pour vous,

vous repartirez, avec la caravane silencieuse,

pour le désert où vous attend l'Esprit.

 

 

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