"La vérité vous rendra
libres "
Jn 8,31-36
² "Nous n'avons jamais été esclaves de personne!": telle est la réaction immédiate des Juifs lorsque Jésus leur parle de liberté. En fait ils avaient souvent été asservis au cours de l'histoire; mais la fierté d'appartenir au peuple choisi, à la postérité d'Abraham, leur donnait toujours la force de ne pas plier l'échine.
Et pourtant Jésus ne revient pas sur ce qu'il a dit: il faut qu'ils deviennent libres; car on peut être libre politiquement et être encore esclave, esclave de soi-même, du moins bon de soi-même, esclave du péché.
En pleine occupation romaine, à une époque où le nationalisme d'Israël était exacerbé, Jésus ose dire: la liberté politique ne suffit pas, et je viens vous libérer d'une servitude plus terrible que toutes les oppressions et que vous portez en vous-mêmes !
² Au risque de décevoir ceux qui attendaient de lui tout autre chose, Jésus alors développe sa conception de la liberté. Pour lui, ce qui libère, c'est la vérité; et quand Jésus parle de la vérité, il ne se réfère ni à une philosophie, ni même à une doctrine purement cérébrale; la vérité, c'est ce qu'il vient dire au monde de la part du Père qui est fidèle au monde; la vérité, en définitive, c'est lui-même. C'est pourquoi Jésus peut ajouter: "Si le Fils vous libère, vous serez réellement libres."
Le chemin qui mène la liberté, Jésus l'indique avec une logique saisissante: pour devenir libre, il faut connaître la vérité, adhérer à la vérité; pour adhérer à la vérité, il faut devenir vraiment son disciple; pour être vraiment son disciple, il faut demeurer dans sa parole.
Il y a donc un lien direct entre la parole de Jésus et la liberté du chrétien, la vraie, la définitive liberté, celle qui change la vie et traversera la mort. Le chrétien qui commence à accueillir la parole du Christ est un croyant qui commence à devenir libre, parce que la parole de Jésus va démasquer son péché, lui révéler ses propres chaînes.
² Au point de départ se trouve donc l'écoute de la parole, et au bout de la vérité, au bout de la liberté, on rejoint une authentique vie de fils de Dieu.
La liberté, selon Jésus, c'est une manière d'être fils. En somme seul Jésus est pleinement libre, parce que seul il est pleinement Fils. Et pour décrire sa propre liberté, Jésus nous parle de l'aisance joyeuse d'un fils dans la maison de son père, une maison qu'il habite depuis l'éternité: "L'esclave ne demeure pas toujours dans la maison, le Fils, lui, y demeure toujours !"
Pour nous l'aisance filiale viendra progressivement, comme une grâce, à la mesure même de notre rejet du péché et des cadeaux de Dieu qui sont sans mesure.
Effectivement, qu'est-ce qui nous empêche de nous sentir chez nous près de Dieu, sinon le péché qui nous donne des réflexes d'esclaves, qui entretient en nous des peurs d'esclaves, des rancœurs d'esclaves, des désespoirs d'esclaves?
² La mission de Jésus sur la terre, la mission qu'il poursuit par son Esprit Paraclet, c'est d'être une parole qui libère, une parole qui met debout celui qui l'accueille et qui le met en route vers une liberté de Fils.
Toutes proportions gardées, et dans la force du même Paraclet, la mission qui nous est confiée auprès de nos sœurs ou de nos frères, n'est-elle pas d'apporter la parole qui libère, d'être pour eux ou pour elles un relais vers la liberté?
En témoignant parmi eux de Jésus vérité, nous les amenons devant le chemin de la liberté filiale, qu'il leur faudra vivre à la fois comme un labeur et comme un don. Car il s'agira pour eux à la fois de libérer leur propre parole et de s'ouvrir à l'écoute de la parole libérante, à l'écoute de Jésus, Fils de Dieu, qui seul peut libérer. Et ce ne sont pas là pour les disciples deux étapes vraiment dissociables, comme un point de départ et un point d'arrivée, mais deux nécessités conjointes à chaque moment de la vie: se libérer et se laisser libérer; comme déjà le Seigneur l'enseignait par le prophète Ézéchiel, en disant: "Faites-vous un cœur nouveau", puis: "Je vous donnerai un cœur nouveau" (Ez 18,31; 36,26).
² Notre mission nous place donc à ce carrefour mouvant, insaisissable, où se rencontrent l'initiative de Dieu et la libre réponse de l'être humain. Notre rôle de témoins, souvent indispensable, tend à devenir inutile, car nous sommes au service d'une liberté que Dieu seul donne, et que Dieu seul peut combler.
C'est cette certitude d'être seulement un relais, un précurseur de la liberté, qui rendait le Baptiste à la fois si ferme dans sa mission et si joyeux dans son effacement:
"Vous m'êtes témoins que j'ai dit: 'Je ne suis pas le Christ, je suis simplement envoyé devant lui'. Telle est ma joie, elle est parfaite: il faut que lui grandisse, et que moi je décroisse ".