La guérison du fils de
l'officier
Jn 4,43-53
² Était-il soldat ou simplement fonctionnaire? Le texte de Jean ne permet pas de trancher. En tout cas il était au service du roi juif Hérode Antipas, et vraisemblablement juif lui-même.
Il vient de faire les trente kilomètres qui séparent Capharnaüm de Cana, dont la moitié en côtes sévères, très éprouvantes pour les marcheurs. Il a eu le courage de laisser là-bas, près du lac, son fils mourant, parce que Jésus, dit-on, opère des guérisons étonnantes. C'est du moins ce que racontent, au pays de Galilée, les pèlerins qui sont remontés de Jérusalem après la fête de Pâques.
Jésus, qui vient de remonter lui-même en passant par le puits de Jacob, ne se méprend pas sur l'accueil qu'on lui réserve: on fait fête au guérisseur, rien de plus; on ne s'interroge ni sur son message ni sur sa personne.
² La première demande du fonctionnaire s'en tient effectivement à ce que les gens racontent: "Je t'en prie, descends guérir mon fils qui se meurt!". Dans un premier temps Jésus semble écarter la demande, tout comme pour la syro-phénicienne, la femme aux petits chiens. Il semble ne voir en lui qu'un Galiléen parmi tous les autres, aussi peu ouvert que les autres à son message: "Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais!"
Mais l'homme insiste, avec de l'émotion dans la voix: "Seigneur, descends avant que mon petit ne meure!"; et cette fois, c'est à un père que Jésus répond: "Va, ton fils vit!
Et le père n'insiste plus. Il ne réclame plus une présence physique de Jésus auprès de l'enfant. Il n'a que la parole de Jésus, mais il reprend la route. Il a commencé à croire sans avoir encore rien vu.
² Plusieurs heures après, dans la grande descente, il trouve ses serviteurs qui lui apprennent ce qu'il sait déjà: "Ton fils vit!" Ils arrivent avec la certitude de l'expérience, et ils trouvent chez cet homme la certitude de la foi. Eux ont vu, lui a cru.
En dialogue avec le père, ils vont découvrir que la guérison, qu'ils croyaient fortuite, était en réalité l'effet, à distance, d'une parole recréatrice Jésus.
En dialogue avec ses serviteurs, l'homme va pouvoir mesurer la délicatesse de Jésus: le Messie, qui fait advenir son salut dans l'espace du monde, laisse des repères dans le temps des hommes, pour que celui qui a cru ne puisse plus douter. Désormais la septième heure sera un rendez-vous de sa foi.
Quant à nous, tant d'êtres humains nous sont confiés, que nous avons dans le cœur comme autant de fils! Souvent nous aimerions rester auprès d'eux par l'imagination, par le souci, et tout en sympathie, même dans l'amertume de ne rien pouvoir humainement pour eux; et il nous faut reprendre le long chemin de l'intercession qui nous permet d'apporter leur détresse à Jésus. Il nous faut croire alors, "de toute notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force" (Dt 6,4-6), que son amour sera toujours à l'écoute, toujours à l'œuvre.
Et quand Jésus nous a exaucés et nous a donné des signes de sa puissance, ce qui nous revient, c'est de ne pas manquer, pour l'action de grâces, le rendez-vous de la septième heure.