"Et maintenant, je vois!"

                                                                                                                                                                     Jn 9

1 Sm 16,1-13

                                                                                                                                                                     Is 66,10s

              

Pour la profession solennelle d'une sœur

          

 

 

           "Réjouissez‑vous avec Jérusalem,

             réjouissez‑vous avec l'Église de Jésus

             exultez à cause d'elle, vous tous qui l'aimez:

             vous allez être nourris à l'abondance de sa joie!"                                                        

 

Réjouissez‑vous! C'est la consigne que nous recevons de la liturgie au milieu de notre montée vers la Pâque du Seigneur. Et le Seigneur lui‑même nous donne une raison supplémentaire de lui chanter notre joie et notre espérance, puisque, aujourd'hui, notre sœur se consacre pour toujours à Lui et à son œuvre sur le chemin montant du Carmel.

 

Avec vous, ma sœur, et pour rejoindre un peu votre bonheur, revenons sur la parole de Dieu qui vient d'être proclamée, et qui éclaire à la fois

‑ le mystère de votre appel,

‑ la route que Dieu vous offre

‑ et la mission d'Église qu'il vous confie.

 

² Appelée, vous l'étiez depuis votre baptême et depuis votre confirmation par l'Esprit Saint, et déjà, en adulte chrétienne, vous serviez l'Évangile dans votre paroisse et votre milieu de travail. Puis Jésus, par son Esprit de force et de douceur, a fait grandir en vous le désir d'entrer à plein temps dans la moisson du Père, et de lui offrir pour toujours vos moyens d'agir et toutes vos forces d'aimer. Librement, joyeusement, vous avez dit oui. Vous avez offert, non seulement quelques fruits, mais l'arbre tout entier avec ses fleurs et ses promesses, et ce don de vous‑même vous a fait croître en liberté.

     Vous êtes entrée, avec vos sœurs du Carmel, dans la grande aventure de la prière, et plus que jamais, dans le cœur à cœur de l'oraison, vous avez compris comme une évidence que c'est Dieu qui sauve le monde, et que c'est entrer à plein dans son œuvre de salut que de rester devant lui les mains jointes pour adorer,

                                                                                                             les mains tendues pour implorer,

                                                                                                             les mains ouvertes pour recevoir.

Ainsi a pris corps pour vous cette vocation orante et missionnaire que Thérèse de Lisieux résumait en disant: "Dans le cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour, ainsi je serai tout!"

Pourquoi vous? Pourquoi ce regard de Dieu sur sa servante? Pourquoi cette longue patience du Christ? Cela, c'est un secret qui se dévoilera quand vous rejoindrez dans la gloire le Seigneur que vous aurez servi. C'est le secret des voies de Dieu. C'est le secret de son amour. Il nous appelle tous à servir le Royaume; il a mis sur votre vie le sceau du silence et de la prière.

David aussi aurait pu dire: "Pourquoi suis‑je choisi, moi le plus petit des sept frères, moi le plus jeune, qui ne sais encore que garder le troupeau?". Mais le prophète Samuel d'avance lui a répondu: "Dieu ne voit pas à la manière des hommes, il regarde le cœur". C'est donc David qui reçut l'onction au milieu de ses frères, et l'Esprit s'empara de lui à partir de ce jour‑là.

La grâce faite à David vous suggère, ma sœur, l'attitude que le Seigneur attend de vous. Dieu, librement, vous a fait signe: chantez sa miséricorde, et laissez l'Esprit s'emparer de vous, pour la gloire du Père et le salut du monde, dans le quotidien de votre Nazareth.

 

²    Dieu vous a appelée par votre nom; aujourd'hui il ouvre devant vous une route de lumière.

Déjà votre baptême avait fait de vous un être de lumière et une porteuse de lumière, parce que la vie même de Dieu avait fait irruption en vous. Et voici qu'aujourd'hui, à un titre nouveau, "dans le Seigneur vous devenez lumière";  voici que l'Esprit Saint vous tient "tout éveillée dans votre foi":

"Éveille-toi, ô toi qui dors, relève‑toi d'entre les morts, car le Christ va t'illuminer".

C'est bien le Christ, en effet, qui est lumière pour vos pas, parce qu'il est lumière en vous; et vous n'aurez pas trop de toute une vie au Carmel pour découvrir peu à peu la douceur et la chaleur de cette lumière qui vous habite.

         "En effet le Dieu qui a dit: 'Que du sein des ténèbres brille la lumière' est Celui‑là même qui a brillé dans votre cœur"; et dans votre cœur ainsi illuminé, qu'est‑ce qui apparaÎt, qu'est‑ce qui rayonne, qu'est‑ce qui vous fascine? La gloire de Dieu qui est sur la Face du Christ! (2 Co 4.6). C'est donc de la Face du Christ, du Cœur du Christ, qu'émane pour vous toute lumière; et c'est pourquoi dans votre vie les fruits de la lumière ne seront pas autre chose que les réflexes de Jésus: la bonté, qui rendait à chacun le goût de vivre, la justice, par laquelle à chaque instant il s'ajustait au vouloir de Dieu, la vérité, qui était la transparence de sa vie et de sa parole de Fils.

 

En définitive, ma sœur, ce qui vous est proposé aujourd'hui par l'Esprit, dans l'axe de votre baptême et de votre chrismation, c'est une existence de type marial: vivre chaque jour dans le rayonnement de Jésus, et là discerner ce qui va plaire au Seigneur Dieu.

 

² Car vous allez entrer plus que jamais dans son œuvre de salut: appelée, illuminée, vous êtes plus que jamais l'envoyée du Seigneur, plus que jamais pour tous les hommes signe de l'amour de Dieu et témoin du Royaume qui vient.

Certes Jésus vous cache dans le cœur de l'Église, comme il s'est caché lui-même trente ans à Nazareth, et comme on cache en terre le grain qui va donner du fruit; mais Dieu, qui fait fleurir le désert, rend fécond au centuple, dans le secret, l'amour de ceux et de celles qui pour lui ont accepté de tout perdre. Dieu vous donne à aimer tous les enfants du monde, Dieu vous donne à aider tous les jeunes du monde, Dieu vous donne à porter le drame de la foi dans un monde qui s'aveugle.

 

Vous nous faisiez chanter à l'instant cette prière à Jésus lumière du monde "Que je voie les splendeurs de ta gloire, que je vive en enfant de lumière!". C'est bien là, en effet le programme missionnaire de votre vie de carmélite: plus vous découvrez la gloire de Dieu sur le visage du Christ, et plus Dieu vous confie le cheminement douloureux de ceux, proches ou lointains, qui ne peuvent pas voir ou qui se refusent à la lumière.

Depuis longtemps le Seigneur vous a guérie de vos premières cécités, et quand votre regard se brouille, vous savez comment réagir: vous vous présentez à Jésus avec vos yeux malades, puis vous revenez à la source de votre baptême, à la source de l'Envoyé, et à chaque fois vous pouvez dire, comme l'aveugle‑né : "Je me suis lavée, et maintenant je vois!"

 

En ce jour du don total où le Seigneur se fait si proche de vous, en ce moment d'espérance où Dieu vous reçoit dans sa lumière, vous, ma sœur, qui connaissez la route de sa miséricorde et le visage de Jésus qui guérit, accueillez dans votre prière les millions d'hommes, les millions d'aveugles qui cherchent Dieu à tâtons; entendez l'immense rumeur du monde à sauver, et que l'urgence de votre mission vous rende chaque jour plus ardente pour le rendez-vous de l'adoration

 

Pour vous, avec vous, nous le demandons au Seigneur, et nous vous confions aux mains de sa sainte Mère,

la première appelée,

                                                      la première illuminée,

                                                      la première vouée à l'universel.

 

 

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