Saint Jean, disciple du Seigneur

 

  

Le secret de l'amitié de Jésus pour Jean nous échappera sans doute toujours.

 

Ce que nous devinons aisément, c'est que cette préférence de Jésus reposait sur des éléments extrêmement forts et profonds. Il y avait entre Jésus et Jean une sorte de consonance au niveau du cœur et au niveau de l'intelligence, ce que Jean appelle koinônia, sa "communion" avec le Christ. Si Jean a pu être le disciple que Jésus aimait, c'est qu'il était avant tout un disciple comme Jésus les aime, c'est-à-dire non pas des saints tout faits d'avance, des hommes sans passions ni problèmes, mais des croyants qui se laissent transformer de jour en jour par le regard de Jésus, patiemment recherché, humblement rencontré et soutenu.

 

Jean de Capharnaüm, le fils de Zébédée, n'était pas un saint au départ. Et même après plusieurs mois de vie commune au sein des Douze, il gardait certaines raideurs et certaines intransigeances, au point que Jésus l'avait surnommé Boanergès, "le fils du tonnerre" (Mc 3,17). Il n'admettait pas que l'on pût chasser les démons si l'on ne suivait pas le Christ dans tous ses déplacements (Mc 9,38); et c'est lui aussi qui voulait faire tomber la foudre sur les Samaritains inhospitaliers (Lc 9,54) ; c'est encore lui qui espérait occuper une place de choix à droite ou à gauche du Messie (Mt 20,21).

 

Mais très vite, sous l'influence de Jésus et de sa parole, la fougue native de Jean s'est muée en force d'intuition spirituelle et en courage pour suivre Jésus. Il est le seul parmi les Douze à avoir vu de près la mort de Jésus, le seul présent également pour la mise au tombeau. Il est le premier des Douze qui ait cru en Jésus Ressuscité, le premier aussi à le reconnaître ensuite au bord du lac. Le quatrième évangile le décrit avec Pierre courant vers le tombeau vide, s'effaçant devant lui, mais le devançant dans la foi. Tout Jean est : respectueux des choix de Dieu, mais sans cesse aux avant-postes de l'intuition et de l'espérance.

 

Une fois Jésus retourné près du Père dans la gloire, Jean a senti que son amitié pour le Maître vivant lui créait des devoirs vis-à-vis de sa communauté. Lui, jadis "Boanergès", s'est fait le témoin de l'amour, et il a voulu noyer son témoignage dans celui de la communauté. Son apostolat, il le concevait comme la contagion d'une communion, comme la transmission d'une expérience du Christ ; cependant cette expérience de koinônia, cette communion à partager, n'était pas la sienne, mais celle de la communauté : "Ce que nous avons vu et entendu, nous vous annonçons, afin que vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son fils Jésus Messie" (1 Jo 1,3-4). Pour Jean et la communauté dont il était inséparable, la vie n'avait de sens que dans ce partage du don de Dieu : "Tout ceci nous vous l'écrivons pour que notre joie soit complète".

 

Mais aux yeux de Jean toute ouverture de l'amour chrétien s'enracinait dans une foi authentique en Jésus Fils de Dieu. C'est pourquoi, inlassablement, il revenait au mystère du Christ et aux divers paradoxes qui signalent pour le croyant l'entrée de ce mystère :

le jugement de Jésus est le moment Jésus juge le monde du refus ;

la croix est glorifiante ;

la passion est royale ;

l'abaissement de Jésus devient son exaltation ;

dans l'humanité de Jésus se révèle la gloire de Dieu.

 

C'est bien encore cette gloire, cette densité de vie et de sainteté, qui nous transforme lorsque nous la scrutons, dans la prière, avec nos yeux  d'aveugles.

C'est bien elle qui vient au-devant de nous lorsque nous contemplons en ce temps de Noël le Verbe fait chair.

C'est bien à cette gloire du Ressuscité que nous allons communier dans un instant en recevant le corps et le sang du Christ.

Que  saint Jean nous obtienne de la chercher avec son enthousiasme, de la boire comme une eau vive, de la cueillir ensemble pour mieux la partager.

 

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