Notre Père Saint Élie

 

 

 

Élie, Éliyyahou, "Yahweh est mon Dieu" : le nom du prophète fut le programme de sa vie, et s'il demeure pour nous tous un modèle, pour les fils et les filles du Carmel un archétype, c'est bien par la remise de tout son être au Dieu vivant

- dans le désert,

- au cœur de l'histoire,

- et tout au long d'une destinée spirituelle étonnamment contrastée.

 

² C'est dans la solitude tout d'abord que nous aimons retrouver Élie, l'homme de Dieu. Caché, sur l'ordre de Yahweh, au torrent de Kerit, il y boit l'eau vive, et son Dieu pourvoit lui-même à sa nourriture. C'est son noviciat de prophète, enveloppé de silence, Dieu seul est l'ami, Dieu seul le témoin, la solitude de Kerit où Dieu seule parle. Puis, après le pèlerinage douloureux dans le désert vers la montagne de Dieu, durant lequel le Seigneur, dans sa fidélité, lui assure l'eau et le pain, c'est la rencontre paradoxale au seuil de la grotte,le Dieu de l'Alliance, après l'ouragan, le séisme et le feu, se donne à connaître par sa divine discrétion. 

 

Élie, dès qu'il entend passer la brise ténue, sort à la rencontre de son Dieu, le visage voilé par son manteau, acceptant d'avance de ne pas voir, de ne pas garder d'image de Yahweh, et devenu tout écoute. Or la voix qui lui parvient, et qui est bien celle du Dieu qu'il veut servir, loin de l'inviter à goûter le repos, à savourer la rencontre, lui fait entendre des paroles qui viennent encore épaissir le mystère de son appel :

 

- "Que fais-tu ici, Élie ?"

- "Va, retourne par le même chemin !"

 

² Et voilà Élie renvoyé dans la mêlée de l'histoire, vers les rois, qu'il devra reprendre ou encourager, vers les petites gens, dont il aimait l'hospitalité et dont il partageait des angoisses. Voilà Élie, le silencieux, porteur de la parole surpuissante de Dieu, qui crée les événements et met debout les hommes.

 

"Alors, écrit Ben Sira', le prophète Élie se leva comme un feu,

 sa parole brûlait comme une torche...

 Il fit trois fois descendre le feu".

 

C'est bien en effet le feu de Dieu qui va purifier Israël par le moyen de la parole prophétique. Au milieu de ce IXe siècle les tribus d'Israël, définitivement sédentarisées, s'incrustaient dans le sol et connaissaient les premières ivresses du profit et de l'abondance, au moment la foi de l'Exode était atteinte au cœur par la contagion du culte des Ba'als, Élie appelle son peuple à un choix décisif :

"Jusques à quand clocherez-vous des deux jarrets ?

 Si Yahweh est Dieu, allez à sa suite !"

En même temps il s'en prend au roi qui usurpe les droits du Seigneur ; il stoppe l'influence des faux prophètes asservis à une religion d'état ; il tente de restaurer l'unité des douze tribus en réparant symboliquement l'autel aux douze pierres. Et lui-même, comme hanté par le souvenir des événements fondateurs, refait, à rebours, le chemin de l'Exode, de la montagne d'Éphraïm jusqu'à l'Horeb.

 

² Mais la véritable grandeur d'Élie n'est pas dans sa réussite historique : elle se trouve au nœud de son silence et de son action, dans le paradoxe de sa destinée de Serviteur.

 

 "Par la vie de Yahweh, le Dieu d'Israël devant qui je me tiens ".

 

C'est par ce serment solennel que s'ouvre la geste d'Élie. Tout son souci est de se tenir devant Dieu, et c'est l'attitude du serviteur. Rien n'a été épargné à Élie de ce qui fait le poids d'une vie d'obéissance.

La sécheresse qui désolait le pays l'a rejoint à Kerit.

Il a connu la solitude du responsable qui ne pactise pas avec les exigences de sa mission.

Il a connu l'alternance, si caractéristique de l'apostolat contemporain, et si tiraillante pour le cœur croyant , de périodes intenses d'engagement et de témoignage et de moments de retrait et de prière, la paix, souvent, demeure un combat.

Il a connu la peur, et s'est enfui devant Jézabel, pour sauver sa vie ;

Il a été visité par l'angoisse de l'échec, par l'impression insoutenable que son labeur était vain, et illusoire sa fidélité : "Il marcha dans le désert un jour de chemin et alla s'asseoir sous un genêt. Il souhaita pour lui-même la mort, et il dit : C'en est assez, maintenant, Yahweh ! Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères !"

 

"Elie, nous dit saint Jacques, était un homme sujet comme nous à la souffrance". Sa seule force a été de laisser la puissance de Dieu œuvrer dans sa faiblesse et de se laisser nourrir en chemin par l'ange du Seigneur. Son seul secret, face à l'œuvre géante qui l'attendait, était d'emporter partout avec lui le désert Dieu lui parlait au cœur.

 

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Serviteur, serviteur souffrant du Dieu de l'Alliance, Élie le prophète l'a été, tout comme Moïse, l'autre grand confident de Dieu. C'est pourquoi sans doute nous retrouvons, lors de la Transfiguration, Moïse et Élie s'entretenant avec Jésus, et "parlant de son Exode, qu'il allait accomplir à Jérusalem" (Lc 9,31).

"Pierre et ses compagnons - comme nous tous si souvent au long de notre exode - étaient accablés de sommeil. Demeurés quand même éveillés, ils virent sa gloire !"

 

Frères et sœurs  que l'Esprit de Jésus, en ce moment le plus fertile de notre journée, nous tienne tous ensemble éveillés dans notre foi. Qu' il tourne notre cœur vers la gloire de Jésus, cette gloire que pressentait l'intuition aveugle de Ben Sira', quand il disait, s'adressant à Élie :  

"Bienheureux ceux qui te verront

 et ceux qui se sont endormis dans l'amour,

 car nous aussi nous posséderons la vie".

  

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